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Wiyhin the confines... ( suite 35)

Le pelleteur I .jpg

27

 

Par le Grand Junyather…

 

   Voici qu'un dieu très supérieur a fait battre tambour tout autour et même au-delà d'une étoile qui fut nommée « Soleil » par les humains de la terre... Ceci pour avertir tout ce qui se trouve de vivant dans l'univers galactique qui l'entoure. C'est pourquoi tous se sont rassemblés au sein d'un cercle rendu habitable par la conception d’un vaste amphithéâtre étonnamment transparent. Lequel a été installé derrière les trois atmosphères de la planète Jupiter. Parmi eux se trouvent les déesses célestes et tous les dieux qui servent le Créateur. Médényga, Reine de Lune et déesse gardienne sur Hydro, se trouve au tout premier rang. L'on peut même voir vibrer la déesse Athéna, mère spirituelle de Gabryel, qui s'est assise pour la circonstance à côté de sa sœur. Lui-même étant très considérable en ange dieu, Prince-Chevalier de Lune,  fils chéri de Junyather, et époux de Dame Athénéïse. De fait, c'est lui qui devra apparaitre en premier sur la plateforme dirigeable qui fait actuellement face à cette assemblée tumultueuse; et ce d'autant que c’est lui qui l’a demandée.

 

Tout à coup, plus forte qu'un roulement de tonnerre: la voix de Junyather s’imposa au point de couvrir le brouhaha des voix mêlées émanent de toute l’assemblée…

– Je vous le dis! En vérité la déité est en danger! Et mon fils Gabryel va vous en informer…

 

Alors Gabryel se leva. D'abord cérémonieusement, puis, sans qu'il ait à esquisser le moindre geste, son corps s’éleva de plus de dix mètres, puis Il s'avança jusqu’à pouvoir se trouver au centre de la plateforme. Après quoi l'Ange dieu prince en ayant pris les commandes, il la dirigea vers les dieux Magistrats qu'il salua au passage et l'immobilisa enfin à la  barre céleste qui se trouvait elle-même à bonne hauteur, au centre de l'amphithéâtre. Étant de belle stature, il avait l’apparence éblouissante des hommes dieu de classe très supérieure. À chacun de ses mouvements qu'il faisait pourtant souplement, l'étrange cape à la blancheur de neige couvrant ses larges épaules jusqu'à tomber au point d'en toucher ses talons, le rendait plus prodigieux qu'une vivante avalanche prenant la parole:

– Mon père vous dit vrai! Une nouvelle entité démoniaque veut s'emparer de la Terre. C'est plus qu'un puissant archange, un dieu noir qui se fait nommer l’HOMBRE. Il a détourné et nourri contre nous un de nos frères... L'enseignant et le désignant comme étant son propre fils. Ainsi manipulé, ce dernier a commencé de comploter dans les entrailles de Gaïa. L’HOMBRE est semble-t-il déterminé à l'initier autrement que nous pour le servir. Ensemble, afin d'installer un "pont" entre le monde des humain et le nôtre, ils ont entrepris de détourner l'un d'eux. Un poète désenchanté nommé Lucien. Vous savez que notre frère Néphysthéo a été enlevé du berceau d’Hydro alors qu’il n’avait pas atteint sa maturité dans le bien des choses. Il n'est pas impossible que son pseudo père, cet usurpateur venu du côté sombre de notre galaxie, finisse par le pervertir au point qu'il en devienne dangereux, non seulement pour l'humanité, mais également pour moi qui est sensé la protéger. Vous savez sans doute aussi qu'une grande Déesse a été conçue par moi sur Hydro. Elle est ma fille, née sur la Terre dans la  grande forêt d'Ardenne. Elle est donc le fruit de mon union sacrée avec une ex-mortelle qui fut auparavant élevée par le mariage à notre rang de déité, car immortalisée par Junyather ici même. Habygâ, puisque tel est son nom, est donc aussi la fille de mon épouse: Athénéïse. Conçue de par la communion sacrée des « Deux Sangs » Habygâ est considérable comme étant aussi la petite-fille de Junyather...  En ce sens elle est plus que votre égale, et si je la présente en Première Dame, c'est que peut-être elle sera l'élue que nous attendions. Ceci fait donc annonce pour favoriser la venue prochaine d'une Nouvelle Lignée de Célestes. De fait, il se trouve qu'elle possède déjà notre force, et qu'elle nous sera supérieure en d’autres points. Peut-être même sera-t-elle bientôt bénie du Suprême qui nous a créés avec l'univers tout entier. Cependant, à l'instar de Néphysthéo qui n’est pas tout à fait « abouti », Habygâ  aura grand besoin de nous pour mener à bien sa charge. Nous devrons tous l’aider à maintenir l’équilibre des forces. Elle s’emploie déjà au sein des confréries religieuses, dans le but diplomatique de les convaincre d’agir en paix autour du culte d'Athséria qu’ils admettent enfin complémentaire, sinon que central du leur. Ce faisant, Habygâ œuvre pour le bien de l’humanité. Pour ce faire, elle poursuit actuellement sa propre initiation aux Grands Pouvoirs naturels et surnaturels de la terre. Ce sont les seuls pouvant être opposables à ces deux-là que je vous ai cités comme comploteurs. De fait avéré, vous savez comme moi qu'aucune arme humaine, qu'elle soit conventionnelle ou secrète, et même issue de leur chimie comme de leur panoplie bactériologique honteuse et destructive, n'est vraiment opérante contre des êtres démoniaques, fussent-ils des dieux Anges déchus ou comme tels. Alors je vous le demande: permettez à présent qu’un de nos frères dieux-guerriers de lumière m’assiste et protège aussi Habygâ dans son combat contre ce puissant dieu sombre... sachant que cela me semble devoir évoluer vers un combat démesuré pour elle!

 

*

 

   Le débat qui s’ensuivit fut fort controversé… Il est vrai que pour les dieux, les choses de la planète Terre sont souvent matière à les contrarier. Pensez donc! Ces humains sont éphémères! Et dire que certains s'imaginent d'être leurs égaux par d'insignifiantes réussites!... Ils s'imaginent cela à force sans doute de se donner des puissances politiques, et même d'amasser des richesses terriennes, lesquelles sont aussi précaires qu'insolentes envers les plus démunis! Il faut dire aussi que maintenant ils envisagent même de coloniser d'autres planètes: telle Mars la froide! Alors que leurs ancêtres n'étaient guère mieux que des Aliens! Nés d'avant leur nouvelle race, ceux de Mars étaient venus l’on ne sait plus trop comment… Puis ils ont tué cette planète l’on ne sait même plus trop quand… ce qui est certain, c'est qu'ils en ont consommé l’atmosphère… Tout comme ces terriens qui le font eux-mêmes actuellement de la planète bleue !... Assurément les humains sont occupés à s'autodétruire sans avoir besoin pour cela de la concurrence de ce dieu noir dont fait état Gabryel, et puis...

– Silence!

La voix de Junyather avait fusé comme un éclair…

– Gaïa est ce que le Très-Haut par-dessus moi a de plus cher! Vous pouvez croire et dire ce que vous voulez, mais si la race humaine est bien son œuvre à lui – ce dont je ne doute pas – le fait qu'il la fît avec l'aide de la Déesse Gaïa ou pas est sans  conteste lié à la réalisation de sa propre volonté. De plus, il faut admettre, comme selon ceux qui la peuplent maintenant, que l'homme moderne est la plus réussie des mutations d'une lignée de Primates devenue pensante! Alors, je vous le dis: si elle est en danger nous devons nous unir pour la sauver!

Par le silence qui s'ensuivit, on eut dit qu’un gigantesque trou galactique venait d'avaler l’assemblée tout entière…

– J’ai dit!…

 

Et Junyather s’en alla vers d’autres tâches.

 

¤

 

    Erzeréchnénide, alias Erzeré, s'il est le plus âgé est aussi du pays des enfants-dieu devenus adultes celui qu’il faut redouter car Il a été spécialement conçu pour combattre le malin! De fait, il est l’élève le plus abouti qui se soit vu issu de l’enseignement de Maars, le prestigieux Maître d’Armes de Junyather.

 

À force d'entrainement intensif, le corps puissant et beau d'Erzeré est devenu quasiment invincible, tant sa connaissance du maniement des armes célestes le protège et le rend apte à combattre n’importe quel démon connu. Ainsi, malgré qu'aucun autre élève ne puisse le battre à la lutte, sa force physique valant presque autant que la puissance d'un titan, c’est pourtant à l’épée antimatière qu’il excelle le mieux. Il sait la manier avec rapidité et technicité. Et puis sa peau qui semble douce est tout de même solide comme le cuir, car assez difficile à entailler. Ainsi il n’a nul besoin d’armure, et d'ailleurs, il préfère combattre à demi nu, pour plus de légèreté et de mobilité. C'est de la sorte qu'il est capable de faire des bonds rapides et supérieurs à dix coudées. Cela surprenant ses adversaires, ils estoquent alors là où il n'est plus. Il a de ce fait la faculté de se rendre presque invisible lors de ses combats, tant ses déplacements sont fulgurants.

Quand Gabryel le vit s’entrainer avec succès contre cinquante démons hologrammes, il n’hésita pas une seule seconde:

 

– Ce jeune dieu Archange et guerrier, dit-il à Maars, est bien meilleur que moi en combat rapproché, si tu me le donnes, j’en ferai "l’Adversaire".

– Ton choix est bon Gabryel: celui-là saura donner jusqu’à sa vie pour protéger ta fille et vous aider à sauvegarder l’humanité des prétentions néfastes.  Et puis j’en réponds, avait assuré le Maître dieu: Erzeré est sans conteste le meilleur des guerriers célestes qui se puisse trouver maintenant dans notre galaxie.

 

¤

   Pendant ce temps Athénéïse était restée sur la Terre. Elle se trouvait donc à Castel Anatha où elle continuait d’écrire des pages et des pages messagères d’amour qu'elle destinait à l'humanité entière. Mais, bien qu'occupée en pensée pour son travail, il lui apparaissait que la nuit de ce soir ne s'annonçait pas comme à l'habitude, car la lune, son royaume, renvoyait vers la Terre bien plus que la lumière d’Héraclès. C’était comme si d'autres énergies s'étaient liguées pour allumer un immense fanal destiné à éclairer le lac, faisant du même coup jaillir le Manoir dans le clair-obscur qui baignait le paysage environnant. Alors la Dame avait rangé ses feuillets, posé sa plume et manipulé le couvre-encrier d'argent qui s'était rabattu en faisant entendre un « clap » discret au moment précis où il avait touché le cristal. Puis elle était sortie…

Après avoir parcouru l'allée de gravier qui crissait sous ses pas, la déesse se dirigeait maintenant vers la berge… Un sentiment étrange avait fait qu'elle se rendait vers un endroit précis du domaine. Elle le percevait en l'instant comme exceptionnellement agité.

Massé de l'autre côté de l’élément liquide et tout autour, le « Petit Peuple » : ces êtres de la Forêt que beaucoup ne savent voir ni même percevoir, était presque invisiblement tapis dans les fougères. Lesquelles avaient poussé dru en lisière des arbres dont on entendait bruisser discrètement les feuilles, probablement bercées d’en haut par une brise légère. Beaucoup des petits êtres chuchotèrent alors entre eux: juste avant de gagner les joncs du lac par le couvert… cela dura le moment que mit Athénéïse pour s'avancer vers l'eau. Et puis ce fut le silence... Un silence hurlant sa propre sérénité... Pour une paix profonde, car totale... Puis, dans l’onde couleur d’acier, l’on vit se former un remous qui pour d'autres qu'Athénéïse eut été inquiétant. La poétesse divine s'en approcha pourtant... Au centre du remous venait de poindre un diamant étincelant des mille feux, ou plutôt non… C'était trop pointu et lumineux pour être une pierre, fût-elle si précieuse… D'ailleurs, finalement l’on pouvait voir apparaitre, petit à petit, une lame longue et droite. Son double biseautage jouant avec les reflets bleutés de la lune... Cela émergeait lentement, à la verticale, comme un doigt métallique qui serait pointé vers le ciel, pour l'accuser d'on ne sait quoi…

 

Ce n'est que lorsqu'il fut visible en entier, qu'Athénéïse reconnut l'essentiel de l’objet. Il s'agissait bien là d'une épée splendide, et sans aucun doute, elle ressemblait à l’une de ces armes légendaires vraisemblablement forgées par un dieu maître.

 

La Dame se rendit compte, juste après qu'elle eut fait cette constatation, qu’une main d’opale, à peine rosée, en tenait la poignée… Vint ensuite un bras féminin, ainsi qu'une épaule, haussée pour mieux brandir l'arme! Et voici même qu’apparut un visage sortant de l’eau jusqu'à la base du cou...

Il s'agit probablement d’une ondine pensa aussitôt la poétesse délicieusement étonnée…

– Dame Athénéïse je vous salue, fit une voix télépathique… Voici Excaliatura: elle est incomparable en puissance de notre côté de la galaxie. Cette arme vous est révélée sur ordre de votre Beau-Père. J’ai pour mission de vous la remettre. Et puis le reste s'était passé très vite: sans même avoir besoin de sortir de l'eau davantage qu'au niveau de son buste nu, l’ondine avait déposé l’arme aux  pieds de la poétesse, et après l'avoir saluée une dernière fois, elle s’en était retournée dans l’abstrait du lac.

 

   Athénéïse avait ensuite regagné le Manoir, puis déposé l’arme sur la table en chêne massif qui présidait mais à quatre pattes, au beau milieu du Grand Salon. Intriguée la poétesse regardait l’épée de tous les côtés. Se demandant bien à quoi pourrait lui servir un tel objet. Bah! se dit-elle: mon voyageur de Mari finira bien par revenir, et lui saura sûrement quoi en faire. Elle pensait cela d’autant plus fort, qu’elle espérait bien que Gabryel allait enfin se décider à  redescendre des Hauts Lieux, afin d'appuyer sa fille Habygâ dans sa trop lourde tâche...

D'ailleurs, cette dernière ne devait plus tarder à rentrer. Elle s'en était allée juste pour « un moment », comme elle disait la bouche en cœur à chaque fois qu’il y avait autant de clarté la nuit. Agissant tout comme le faisait sa mère avant elle pour écouter vivre et voir danser les joyeuses nymphes de la Forêt-Noire. Peut-être même, car c’est chose réputée imaginable en la forêt d’Ardenne qu’elle y croiserait aussi l’esprit hologramme de la divine Ardvina… Celle-là qui fut tant vénérée des Gaulois et que l’on dit apparaissant encore parfois, bien installée en amazone, sur son légendaire Sanglier… Cette Diane chasseresse, qui dit-on aussi, aurait donné son nom au massif ardennais pour mieux sanctuariser le mont Walfroy…

 

¤

 

    C'était à peu de distance, mais bien en dessous de tout cela, qu'un poète avançait d’un pas mécanique. Il allait droit devant lui, sans réfléchir. Zombie putride, comme issu tout droit des catacombes… C'était comme si, après avoir tant creusé les nébuleux arcanes de son esprit atterré, il eût finalement été avalé par lui-même! Peu à peu, la sueur qui continuait de sourdre abondamment des pores de sa peau sale sans qu’il éprouvât le moindre besoin de la compenser par l’absorption d’eau, s’employait à laver jusqu’à diluer les croûtes qui l’avaient auparavant recouvert comme l'aurait fait un patchwork d’écailles brunâtres. C'est ainsi que peu à peu ses plaies s’étaient mystérieusement refermées, puis cicatrisées. Il en oubliait à présent que pourtant son pauvre corps avait été profondément lacéré. Lucien avait marché ainsi durant des semaines; parcourant plus de deux-cents kilomètres. Sans avoir la moindre notion du temps ni de la distance… Tandis que l’incertitude d’un destin aléatoire s’installait au-dessus de la terre et des habitants de la planète. Agissant comme le ferait une ombre imperturbablement malsaine. Mis à quoi bon puisque le monde extérieur n'existait plus pour le poète. Ce pauvre hère en voie d'être diabolisé, et qui finalement se dirigeait inexorablement vers la révélation de ses propres certitudes d'homme détruit. Il n’avait pourtant guère pêché, sinon que par excès de tendresse et d’amour qu'il offrait à tous, sans retenue..., de la même manière un peu niaise qui consiste à parler avec la nature et les oiseaux…, enfin, à tout ce qui vibre et vit… Mais le voici soudain arrêté. Immobile. Car se trouvant nez à nez devant une porte d’acier rouillé… Il allait tenter de l'ouvrir lorsqu'il entendit une voix:

– Où vas-tu Lucien ?

– Je vais là où mon corps me dicte d’avancer.

– Si tu passes cette porte, tu trouveras deux chemins.

– J’ignore de quoi sont faites les entrailles de la terre, sinon d’elle-même, et que dessous son manteau d’olivines et de pyroxène, si la belle est  très chaude: ce n’est certes pas tant pour me faire l’amour que sinon me damner... Je crois savoir aussi qu’elle engendre parfois davantage de mal que de bien…

– Il est au-dessus de toi une forêt mythique  et…

– Comment veux-tu que je le sache! J’ignore où je suis!

– Lucien, tu es presque revenu à l’endroit où tu es né.

– Veux-tu dire que je suis redevenu cet embryon que l’aiguille assassine d’une faiseuse d’ange, chercha autrefois à percer dans le ventre lubrique de ma mère et que…

– Diantre, comme tu y vas! Ce n’est pas tout à fait cela, et puis, si tu regardes ton corps, tu te rendras vite compte qu'il est redevenu comme avant ton enlèvement... Et j'ajouterai aussi que…

– Stop! Car voici que je n’y comprends plus rien à ce discours silencieux, et puis d’abord, qui es- tu toi qui me parles ainsi à l’intérieur de moi en usant de ma propre voix, mais que je ne distingue pas ?

– Je suis ta conscience.

– Ah! Ainsi donc je me parle à moi-même! Ce qui fait qu'en plus d'avoir sombré dans la pire des dépressions, ne voici devenu schizophrène!

Sur ces mots empreints de colère, Lucien balança un grand coup de pied rageur dans la porte qui s’ouvrit en gémissant sur ses gonds, et il entra.

 

L’endroit ne changeait guère de celui des galeries qu’il arpentait depuis qu’il avait quitté  Néphysthéo et les catacombes. Sinon qu’il le percevait animé de sensations vibratoires. En fait, cela lui semblait un peu comme un de ces lieux où il était  souvent allé méditer, à l’époque déjà lointaine de sa jeunesse. Et celui auquel il pensait justement en cet instant n’était certes pas très loin de l'endroit où lui-même se trouvait, car juste à peine, à trois kilomètres de Charleville-Mézières, sa ville natale! Alors Lucien s'arrêta. Puis il s'affala à même le sol et commença de réfléchir sur un passé qui se présumait probablement enfoui avec lui... Il revoyait cette époque qui suivit de  peu celle de la grande tourmente nazie. On parlait alors en ville, et jusque dans ses ruelles, de cette grotte qui était trouvable dans le petit bois près de Romery. C’était une modeste cavité incrustée dans un escarpement peu élevé, mais qui la rendait quand même d’accès malaisé. Il y était allé plusieurs fois. Bien avant qu'on l’oublie puis qu’on la cite à nouveau, et qu'on la mette en exergue par un chemin de gravier démarrant depuis le bitume de la route départementale. Mais l’accès en est maintenant barré par une porte de fer. On a même grillagé tout un côté… pour le cas improbable où la roche tenterait peut-être de s'enfuir? D'ailleurs, il avait alors semblé au poète qu'il la connaissait depuis toujours. En un temps différent, c'est dans cet endroit qu'adolescent, le poète Rimbaud venait méditer comme Lucien le fit à son tour. Arthur aimait à se réfugier là, et avec son ami Ernest, il y parlait de refaire le monde… c'est « une sorte d’utérus », comme il aimait à la décrire, et qui aurait engendré, via le jeune Arthur, l'écriture d'un nouveau langage poétique visionnaire, mais par trop jugé libertaire, car autant récrié en mal à l'époque de Napoléon III qu’à celle de Lucien.

 

Et puis le poète avait repris sa progression. Comme le lui avait prédit sa conscience, le chemin se séparait à présent pour en former deux. Cela aurait pu se représenter à la sanguine sur un marbre d'ajusteur: telle l'empreinte d'une patte d'oie, ou plus précisément d’un « Y » à la géométrie parfaite… s'apparentant par la forme à l’une de ces baguettes de coudrier que Lucien savait utiliser pour chercher les sources d’eau... Il lui fallait donc choisir à présent l’une des deux nouvelles voies qui s'offraient, faute de quoi, il allait probablement s’enraciner lui-même comme un noisetier, à force de rester dans la position du Dahu qui hésiterait, pas très finaud, à monter ou à descendre la colline, car se déplaçant à la manière d’un crabe de cocotiers...

De fait, le chemin de gauche semblait tout de même plus hospitalier, car au moins, il continuait à l’horizontale, tandis que celui de droite allait descendant encore plus vers le centre de la Terre.

– Si tu veux revoir les étoiles, il te faudra trouver le moyen de remonter vers le ciel!

Encore cette foutue conscience, se dit Lucien… Pourtant, cette fois la voix dans sa tête n’était plus la même…

– Regarde mieux Lucien, et tu me verras… car je suis là, juste devant toi!… Et puis, ne crois-tu pas que pour réussir là où tu as lamentablement échoué, tu devrais à présent suivre un autre chemin que celui que tu avais choisi avant?...

 

Alors, le poète incrédule leva ostensiblement le menton et s'aperçut enfin de la présence de Néphysthéo qui l’attendait goguenard, et bien campé sur ses deux jambes, qu’il avait légèrement écartées pour mieux souligner, avec les poings sur les hanches et le visage ironique, une impatience tout de même empreinte d'une certaine jubilation. Il se trouvait en fait sur le chemin de droite, juste à l'amorce d'un coude marquant le boyau rocheux à une dizaine de mètres de là …

 

¤

   Pilotée par l'ange dieu de lumière qui était assisté de la jument céleste, la sphère de lumière avait quitté le satellite naturel afin de revenir vers la Planète bleue. Pour cette fois encore on l'avait chargée d'illustres occupants. Peu de temps après,  elle se posa doucement derrière les toits du Manoir.

Tout Castel Anatha était en effervescence! L'on s’apprêtait à fêter joyeusement le retour annoncé de Gabryel. Il y avait, l'attendant entre tous, son épouse, Athénéïse, la rousse poétesse, Reine de La Lune. Et puis, lui ressemblant comme une sœur jumelle, on pouvait remarquer la brune Morganie, cette guerrière à l'adresse inégalée, sinon par ses semblables, et montrant de surcroit d'étranges pouvoirs aussi magiques et efficaces qu'ils étaient complémentaires à quelques autres plus ou moins vampiriques. Assise près d’elle, enchantant  l'entourage par son grand charisme et par la splendeur de son aura pailletée d’or, l'on remarquait la resplendissante Habygâ: blonde Dame, Reine de la Forêt Ardennaise, à la féminité superbe, fille chérie d’Athénéïse et Gabryel, et de surcroit récemment reconnue grande prêtresse et déesse suprême par son grand-père, le Très-Haut Junyather.

Incontournable majordome depuis si longtemps dévoué à toute la maisonnée qu'il en était devenu un maillon indispensable, le brave Henry assurait le protocole tout en organisant le service. Étaient présents aussi, quelques amis adeptes d'Athséria, et devenus de si grands admirateurs de leur déesse qu'ils en élargissaient la famille tant leur dévouement les rendait proches...

Quand Gabryel était apparu, chacun avait pu se rendre compte qu'il était accompagné  de sa mère. La très spirituelle Anatha, Reine de Lune, avait obtenu de Junyather de se révéler par une image multidimensionnelle si parfaite, qu'elle montrait par cet hologramme un corps constitué d'innombrables particules mi chair mi lumière. La Déesse était venue avec sa sœur, Médényga, autre reine de Lune. Il y avait aussi Erzeré. Superbe dieu guerrier blond, dépassant d’une bonne tête, le déjà athlétique Gabryel. Sa stature et sa beauté faisaient honneur à l'image de ces grands hommes à la peau claire, qui servirent autrefois Ardvina. Devançant Henry, le guerrier s’était spontanément avancé vers la fille de Gabryel qui posait sur lui un regard à la fois insistant et interrogateur:

– Erzeréchnénide, Chevalier de lumière pour vous servir Madame ainsi que votre père, avait-il précisé tout en posant son genou gauche sur le dallage, jusqu'à pouvoir ainsi saluer respectueusement une Habygâ tout aussi impressionnée et émue que lui.

 

Le repas qui s'ensuivit fut pris dans une ambiance à la fois joyeuse et courtoise, bien que les plats servis fussent comme il se voulait humbles et prestigieux, sachant que les hôtes forts accoutumés à l’hospitalité amicale et tendre des poètes l’étaient eux aussi. Et puis chacun prit peu à peu congé… Quand enfin tout Castel retrouva son calme et son intimité, l’osmose s’était diluée…



04/07/2016
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