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NOUVELLES


Quatre Eléments pour Quatre Saisons.

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Ses cheveux trop libres s’étaient soudain figés, Maia  n’eut que le temps de s’engouffrer dans un gros nuage blanc… La jolie Romaine, déesse du printemps s’était vêtue pour l’occasion d’une tunique de brocatelle verte bordée de blanc… Le front orné d’un bandeau d’orfèvrerie, elle était à l’image d’un de ces avrils qui rajeunissent le monde. Ses prunelles couleur de jeune pousse avaient la fraicheur du cresson lorsqu’il germe sous l’eau…

 

Faisant profit des rudesses de février, le fils d'Astréos et d'Eôs qui à son tour avait fécondé Orithyie, la fille d'Erechthée, amenait sa fille Chioné avec lui. Alors, agissant à l’insu de son père, la belle venteuse s’était empressée d’habiller  Gaïa d’un immense manteau d’hermine.
– Votre compassion me va à ravir, lui avait chuchoté, un vieux chêne en agitant ses membres frigorifiés, votre père eut été mal inspiré de ne vous apporter jusqu'ici!
– Ne vous méprenez point mon cher ! Car finalement cette protection de vos racines n’est qu’élémentaire!
Bien que considérant qu’il avait encore les pieds gelés, l’être de matière  salua Chioné d’un geste branchu, marmonna  une diatribe incompréhensible à l’intention de Gaïa, puis se rendormit.

 

Une corrélation étroite existe bien entendu entre le symbolisme de chaque saison et les énergies terrestres qu’elle porte. En effet la matière possède aussi une énergie propre qui se manifeste notamment au travers des flux de celle tellurique, faisant profit de l’action des éléments en elle. Des quatre Eléments, l’eau n’en finit pas d’étonner par ses facéties. Tantôt en bloc ou en perles glacées. Quelquefois en flux ou en gouttes. Parfois salée, en nuée ou en flocons, voici là un élément qui ne manque pas une occasion pour nous étonner! En tout cas c’est par leur union  que se prépare le sacre du printemps!

 

– Coucou : me voici… je suis né de plasma, je suis le feu… Au printemps vous me trouvez merveilleux, et l’été je suis au mieux!
– Je suis bien d'accord répondit la Terre…
– Pffft, fit un feu follet qui le voyait arriver avec ses gros rayons: de jour, et à condition de ne pas t'empêtrer dans un nuage, tu rayonnes  autant qu’un dieu, certes, mais la nuit, c'est sans toi que je me balade…

 

Cet élément n’est-il pas chaleureux en tout instant qui le veut ?

 

Le grand marionnettiste en créant  les quatre éléments ignorait peut-être que ces derniers allaient se concerter, puis s’unir jusqu’à  produire d'autres joyaux en connivence avec la Lune. Certes Madame la terre en se faisant vieille, montre des comportements Saisonniers un tant soit peu erratiques. S’il neige à Vancouver au Canada, il fait un peu frais à Besançon, sachant que tout de même un peu partout, il y a de belles fleurs en toutes saisons, et selon la région: des petits oiseaux qui chantent, des fourmis dans les lave-vaisselle, des guêpes qui entrent dans les maisons pour saluer les gens, des ouragans, de la brume, de doux vents… La planète, leur servant à toutes et à tous d’entrée en matière!

 

RHD


02/05/2016
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La bonne fortune. (Comme en rêve... )

   

 

   Après qu'il se fut emparé de la brume matinale, l'hiver s'était aussitôt installé dans la plaine. Il l'avait soumise jusqu'à la moindre de ses perles d'eau qu'il avait su geler pour mieux l'emprisonner. Et puis, comme si cela ne lui suffisait pas, il avait entreprit de réduire le lit de la rivière. En ajoutant des banquises à ses berges, il avait contraint son flot à ne plus pouvoir prendre le large qu'en son centre encore épargné. Et même, il avait fini par pénétrer jusqu'au cœur de la forêt dont il avait alourdi les arbres avec des chaînes issues de son souffle givrant. Lequel s'insinuait parmi des bras déshabillés qui se voyaient difformes et empesés, tandis qu'en dessous d'eux, un petit homme trapu, chaussé de vieux sabots emplis de paille, avançait péniblement. Le dos voûté par le poids de son chargement de fagots, il se déplaçait d'un pas claudiquant sur le sol verglacé, glissant çà et là. Son corps est fatigué. Parfois son pied bute sur des cailloux ou bien il se fourvoie dans les ornières cachées du chemin enneigé, cela déséquilibrant son fardeau qu'il redresse pourtant… de son mieux. Et puis il repart. Hésitant et glacé, obéissant à son destin capricieux. Silencieuse et angoissée, l’opacité de fin de journée pénètre à son tour la forêt. Le petit homme presse le pas, il aperçoit au loin une étrange luminosité. Cela semble scintiller comme un diamant de givre, mais c'est alors qu’il s’en approchait peu à peu que l'objet s'est mis à danser puis à sautiller de part et d’autre du sentier gelé; lorsque cela s’était soudainement arrêté… avant de reprendre… et cesser… et encore recommencer. Alors le petit homme s'entait l'angoisse monter en lui. Il remarqua qu'une sorte de traîne évanescente évoluait derrière la lueur. Troublé, il s’arrêta un instant, posa son fagot, puis il ferma les yeux et se frotta les paupières. Mais quand il les rouvrit la lumière est toujours là, à quelques cent mètres devant. Opérant la même sarabande de feu follet qu'accompagnait à présent l’étrangeté fantomatique d'un lambeau de brume égarée. Pourtant, le petit homme savait se montrer courageux: il reprit son fardeau de bois sec et poursuivit malgré tout son chemin, les yeux regardant le sol, sans plus les lever vers la clarté... Comme pour l'encourager, le sentier devint moins sinueux, les arbres plus épars, le petit homme sait qu'il va bientôt atteindre la clairière où il a bâti sa maisonnette, veillée par la lune qui doucement installe des ombres timides dans le soir naissant… pour mieux éclairer tout-à-l'heure l'intimité d'alentour.


Adolescent, le petit homme s'intéressait aux légendes. C'est ainsi que sa mère lui avait conté l'histoire de cette femme du bourg voisin que l'on avait été accusée il y a fort longtemps de cela, de procéder à des actes de sorcellerie. Ainsi, elle avait été condamnée à être brûlée vive en place publique et avait donc périt sur un bûcher qui fut érigé face à l’église… mais alors qu’elle subissait les flammes que d'aucuns avaient jugées purificatrices, elle leur avait juré qu’elle trouverait un moyen de se venger.    Depuis ce jour fatidique, une peur incontrôlable commença de hanter les villageois. De fait, plus personne ne se hasardait d’aller à la nuit tombée dans les sombres sous-bois de la forêt. Et d’ailleurs, un homme qui s’y était parait-il malencontreusement égaré en revenant de la ville par le raccourci forestier, par un soir de grande brume, jura ses grands cieux d’avoir vu luire au loin l’âme errante de la sorcière probablement en quête d’un corps.


S'en souvenant, le petit homme senti l’effroi monter en lui. Il jeta son fagot et s’activa afin de rejoindre sa cabane au plus vite, formulant l’idée d’une soupe fumante qui le réconforta. Fuyant celle de l’esprit hantant peut-être la forêt, il était arrivé devant sa porte, le souffle court, les jambes tremblantes. Plus tard, lorsque dans l’âtre ranimé, la grosse marmite bouillonnait de plaisir, il en souleva le couvercle, humant des arômes prometteurs, puis il s’était assis devant la cheminée, se félicitant d’être arrivé sans encombre dans sa chaumière... Demain, il irait récupérer son bois laissé pas très loin, sur le bord du sentier. Rasséréné, il prit un grand bol en grès, se saisit de la louche qu’il plongea voluptueusement dans la soupe odorante et se versa une belle rasade de bouillon brûlant qu’il accompagna de quelques morceaux de pain rassis, et qu'il dégusta religieusement. Bien qu'à demi repu par le liquide rare de légumes dans lequel baignait un maigre morceau de lard qu'il avait décidé d'épargner le plus longtemps possible, il avait dénoué la ficelle qui lui servait de ceinture, et s’était affalé entre les bras avenants du très vieux fauteuil dont les ressorts gémirent très brièvement sous le cuir avachit. Gagné par la douce torpeur que générait l'âtre garni d‘une grosse bûche: le Petit homme harassé par sa course effrénée dans la forêt commençait à somnoler, lorsqu’il fut réveillé par des coups frappés contre sa porte. Alors ses craintes l’assaillent de nouveau: et si c’était l’âme errante? Si elle était là? Derrière la porte? Attendant qu’il ouvre pour l’emporter à jamais dans le brouillard des nuits froides éternelles!

Il y eut un silence… Et puis d'autres coups… Insistant comme des ordres impatients. Après tout, ce n’est peut-être qu’un voyageur égaré pensa le petit homme. Dans un élan de courage et de générosité hospitalière, il se leva, tremblant tout de même, un peu comme si d'instinct il se reprochait déjà son héroïsme. Pourtant sa main gauche fit glisser le loquet tandis que de l'autre il entreprit d'entrouvrir la porte, malgré que déjà s'engouffrait le froid qui glace. Puis il jetta un regard furtif dans l’entrebâillement...

 

Quelle ne fut pas sa surprise! Devant lui se trouvait une jeune fille aux cheveux de feu! Elle était emmitouflée dans une couverture que le givre et la neige avaient alourdie. Les yeux rougis par l’air vif: elle paraissait muette. Son regard implorant parlant mieux que les lèvres frémissantes ne pouvaient articuler le moindre mot. Elle est là comme pétrifiée, à bout de forces. Alors le petit homme l’entoura de ses bras et l’aida à entrer, précautionneusement, la soutenant à chacun de ses pas qui semblaient mécaniques. Puis, avec délicatesse, il l’invita à s'assoir dans son fauteuil, près de l’âtre, et lui tendit un bol de soupe fumante. Attendant en silence qu’elle lui parle. Il ne peut s’empêcher de la dévisager: elle était d‘une beauté sauvage. Elle boit avidement le liquide brûlant qui la réchauffa peu à peu. De temps en temps elle l’observait. Furtivement. Comme apeurée par le moindre de ses mouvements. Alors il s’était effacé. Le petit homme ignorait à ce moment quel comportement il convenait d'adopter face à cela. Tout à coup il prit conscience qu’aucune femme n’avait jamais pénétrée à l'intérieur de sa trop modeste demeure. Situation obligée par les infirmités dont il souffrait: il s'était persuadé que vivre dans les profondeurs de la forêt lui assurerait une protection contre le monde "normal". C’est donc l’esprit empli de crainte et de doute envers la société qu’il avait passé son enfance à la fuir, comme sa défunte mère abandonnée de son père s'y était résolue avant lui… Pour seuls compagnons véritablement charitables, il n'avait connu que ceux de la forêt qu‘il n‘avait en aucun cas voulu piéger pour s’en nourrir... Il n’avait jamais dérogé à cet ordre péremptoire vivant des végétaux qu’il savait trouver dans son environnement protecteur. Il ne souhaitait pas créer de souffrances supplémentaires et inutiles aux êtres de chair, se disant que dans la forêt il y avait tout le nécessaire. Ainsi les années avaient passé sans qu’il n’en ressente la moindre frustration.


    La jeune fille avait posé le bol vide sur ses genoux. Puis elle s’était doucement assoupie. La couverture ayant glissée de ses épaules nues, le petit homme hésitait, il ne savait se décider à la lui remettre en place, craignant de l’éveiller, mais il le fit tout de même, avant d’aller raviver le feu après un dernier regard à la belle endormie. Ensuite il avait gagné son lit et s’était allongé sans bruit sur sa paillasse, tout en nourrissant quelques scrupules de ne pas avoir songé à la lui proposer… mais, épuisé par tant d’émotions, il s’endormit à son tour, la tête emplie de rêves enchanteurs. Lesquels balayant pour lui ses peurs et ses angoisses.


    Alors qu’il était occupé à voyager parmi ses songes, la jeune fille s’étira mollement. Elle étira ses membres. Puis il se mit debout, elle se débarrassa de sa couverture en la posant sur le dossier du fauteuil, et dénoua ses longs cheveux. Libérés, comme une joyeuse cascade, ils descendirent jusqu’atteindre le creux de ses reins. La longue capeline que masquait auparavant la vieille couverture scintillait à présent en créant une véritable féerie de couleurs mouvantes qu'accentuait le rougeoiement des flammes complices, cela jetant mille paillettes autour d’elle. Du bout des doigts elle se saisit d’une des flammèches qui se transforma aussitôt en un farfadet qui soudainement animé d’une frénésie débordante, changea la paillasse du petit homme en un lit charmant, recouvert de draps de satin blanc, l’ornant en cette occasion d’un baldaquin d’or pourvu de jolis voilages fins, d’un édredon gonflé de plumes d’eider tandis que couvrant le sol d'un somptueux tapis, elle y déposa une paire de chausses cousues de fils d’or.
     Le farfadet virevoltait en tous sens, passant simultanément d’un recoin à l’autre de la pièce qui se transformait à chacun de ses mouvements. La vieille table bancale devient aussi belle qu'un meuble d’apparat! Nappée et dressée, elle fut pourvue de chandelles allumées et insérées dans des photophores. Des mets raffinés surgirent sous des cloches en argent, exhalant de suaves senteurs adroitement cuisinées. Il y avait aussi des verres de cristal ouvragés, des couverts estampillés venant parachever ce bel étalage. Le vieux fauteuil aux accoudoirs et au dossier élimés se mua en une superbe méridienne recouverte d’un boutis de velours pourpre. La triste cheminée débarbouillée de sa suie s'était parée de marbre veiné et le mur lui faisant face s'était habillé d’une tapisserie de chasse épique, qu'éclairaient deux candélabres allumés.
     La jeune fille riait silencieusement de bonheur à regarder faire le farfadet, tout en lui chuchotant de prendre garde à ne pas éveiller le petit homme tant que la métamorphose n’est pas terminée. Alors il exécutait sa tâche. Prenant grand soin à ce que tout corresponde aux visions insufflés par les rêves du dormeur. Jusqu'à ce que dans un claquement de doigts de la belle avait soudain disparut...
    

     Dans la réalité de ses nuits habituées, les chandelles posées sur le rebord de la cheminée n'ayant pas été étouffées se devaient d'être totalement consumées. Ayant totalement consommé sa bûche, le feu dans l'âtre s’était forcément éteint et La marmite devenue froide. En se glissant sous la porte comme un intrus qui glace, le vent assaillant comme à l'accoutumée le petit homme qui se réveille alors sous la morsure d’un froid qui envahit jusqu‘aux os… Pourtant, alors qu’il étirait ses membres qui s'étaient engourdis d’avoir longtemps rêvé, il plissa d'avantage ses paupières, afin de soulager ses yeux secs… et c’est en les ouvrant que tout ce qu'il vit était autrement... Comme dans son rêve...

 

     Les mets sur la table endimanchée parfumaient la pièce de douces saveurs. La liseuse recouverte de coussins mordorés apparaissait confortable et accueillante. Le feu distillait de la bonne chaleur… Assis dans son lit, de sa main droite il effleura l’édredon soyeux, tandis que l’autre rencontrait un coussin festonné de dentelles, alors il se vit réellement installé dans les draps satinés...

    - Que s’est-il passé se demanda le petit homme: serais-je donc mort? Suis-je au paradis?

Il en était là de ses cogitations lorsqu'un son se fit entendre derrière la porte. Se levant précipitamment pour s'assurer qu'il était bien vivant, il y colla une oreille vaguement inquisitrice et crut entendre piaffer de l'autre côté. Alors il revint en hâte vers le lit, glissa ses pieds dans la paire de chausses de brocards, et ouvrit... Et là, voici que devant la maison, il y avait un cheval blanc, attelé à un cabriolet. Ne comprenant plus rien à cette situation kafkaïenne, il prit néanmoins le parchemin qu’un homme en livrée lui tendait. Après en avoir lu le contenu il pensa que le fait de rêver même lorsqu'on est parfaitement éveillé avait du bon, alors il décida qu'il convenait de le faire durer: afin de se vêtir proprement, il alla prendre sur la méridienne le collant chamarré brodé d’or, la chemise à jabots, la redingote de velours bordeaux, la montre à gousset, le catogan… mais en passant devant la psyché pour s‘assurer de sa mise, il vit bel et bien l’image d’un jeune homme fringant dans ses bottes, absolument pas bossu, et présentant même un charme certain!

 

   Certes, cette histoire me direz-vous est carrément enfantine! Mais si malgré cela vous m'en faites l'amitié, alors vous permettrez qu’à tout âge un homme sensible gardera vivant ce petit monde intérieur qui l'a aidé à rester bon enfant. De même qu'il me convient encore de cultiver ce besoin que j'ai de rêver souvent pour m'accepter tel que je suis, assurément pauvre de n'avoir pas connu l’amour maternel, bien que devenu un adulte féru de bonne morale résiduelle...  Et puis, s’il vous arrive comme ce "Petit-Homme" de savoir aider une personne dans la peine, et quand bien ce serait vous qui trop l’avez vécue… Alors vous admettrez que la vie reste une visiteuse imprévue qui d'évènement en évènements, pourrait bien vous mener vers d'autres enfin qui seront prometteurs de meilleure fortune… Et que même s'il n'en est rien… C'est quand même peut-être!

 

Robert-Henri D


16/05/2016
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"Un bienfait n'est jamais perdu"

Sur cette route de campagne désertique qui semblait surgir de nulle part, la vielle guimbarde noire que conduisait Georges Person se frayait un passage à travers les nids de poule et cahotait sous une pluie battante malgré que la faible lumière du couchant n'aidait en rien celle de ses phares agonisants, lorsqu'il vit soudain devant lui clignoter des feux de détresse. Alors il s'arrêta pile derrière la voiture immobile et sortit de la sienne, puis il se dirigea vers la pauvre dame, qui malgré le sourire qui se dessinait sur son visage, semblait néanmoins effrayée. Depuis le temps qu'elle attendait là, sous un minable parapluie, à regarder son pneu à plat alors que personne ne s'était arrêté pour l'aider, elle jugeait à la fois providentielle et dangereuse l'arrivée de ce jeune homme malingre qui lui paraissait probablement pauvre et affamé! Allait-il l'aider ou la dévaliser?...
- Bonsoir madame, ne craignez rien,
je vais vous aider, ouvrez votre coffre et en attendant, venez donc vous asseoir dans ma voiture. Elle est vétuste, mais vous y serez mieux que dehors.

Georges s'était déjà emparé du cric, il fléchit les genoux, cherchant comment le placer, actionna la manivelle et s'activa à remplacer la roue. Quelques minutes après, les mains sales et le dos trempé, il écoutait la dame lui expliquer qu'elle était juste de passage et ne savait comment le remercier.

Le jeune homme ébaucha un sourire tout en refermant le coffre de la luxueuse limousine. La dame lui demanda combien elle lui devait, pensant aux choses affreuses auxquelles elle aurait été exposée s'il ne s'était pas arrêté avant la nuit. Georges lui répondit:
- À aucun moment madame, je n'ai pensé être payé, ce n'est pas un travail pour moi d'aider quelqu'un dans le besoin. Combien de fois des gens m'ont aidé dans le passé de la même manière. Je mènes certes une existence difficile, mais il ne me viendrait pas à l'esprit de vivre autrement...

Il attendit qu'elle démarra son véhicule et qu'elle s'en alla avant lui. Il était trempé jusqu'aux os mais pour lui c'était une belle soirée car il se sentait bien en reprenant le chemin qui conduisait vers l'endroit où il passerait la nuit.

Quelques kilomètres plus loin, à l'orée d'un village perdu, la dame trouva l'enseigne encore éclairée d'une modeste auberge. Elle décida d'y faire une halte pour se réchauffer et manger quelque chose avant de faire le reste du long parcours qui l'attendait. C'était un restaurant dans lequel se trouvait un vieux poêles à bois. La serveuse qui l'accueillit lui proposa une serviette propre pour essuyer ses cheveux mouillés. Elle montrait un sourire aimable, malgré le fait d'être certainement fatiguée. La dame pensa cela en remarquant que la serveuse était enceinte et qu'à ce stade elle n'aurait pas dû travailler. Malgré cela elle ne laissait rien paraître de lassitude. La dame assurément devait se demander comment une personne pouvait être si courageuse. Alors, elle juxtaposa l'image à celle de Georges Person. Quand elle eut fini son repas elle paya avec un billet de 50 €. La serveuse alla aussitôt chercher la monnaie, mais la dame se faufila dehors et disparut avant que la serveuse ne revienne à la table. C'est alors qu'elle remarquait quelques mots griffonnés à la hâte sur la serviette de table. Des larmes coulèrent de ses yeux quand elle lut ce que la dame lui avait écrit :
- Tu ne me dois rien. Je suis passée aussi par là. Quelqu'un vient de m'aider à m'en sortir, alors à mon tour je le fais pour toi… Et sous la serviette de papier, il y avait quatre autres billets de 50 € ! Ce soir-là en parcourant le chemin pour rentrer chez elle, la jeune femme pensa à l'argent et à ce que la dame lui avait écrit. Se demandant comment elle avait su deviner que son couple en avait grand besoin? Avec l'arrivée imminente du bébé et l'arrêt de son travail non déclaré, les mois à venir s'annonçaient certainement difficiles. Elle savait comment son compagnon s'en inquiétait, lui-même vivant de "petits boulots"; alors elle lui donna un doux baiser et chuchota doucement à son oreille:
- Tout ira bien mon Georges. Et puis tu sais que je t'aime…


22/05/2016
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Salut l'Artiste!.

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Sans la moindre pensée hystériforme, il n'y aurait pas de rêve! Mais sans le rêve expliqué, il serait facile de sombrer dans l'inquiétude pathologique. Cependant, le poète aimait à se défier lui-même, alors il se dit que peut-être, la main qui tout-à-l'heure frôla sa face, pouvait être celle d'un elfe de la forêt, ou même d'un ange Fée...

 

Ô volupté chérie! Tu mens à mon songe pour qu'il déshabille ton corps: alors le mien quitte son lit et la chambre pour aller là où tu l'appelle... Et nous voici toi et moi dans un jardin extraordinaire: Artémise qui me trouve m'y voit endormi sur la mousse, tel un Faune étendu l'après-midi sous un arbre rose. Alors la belle à évincé Cupidon:

– D'où viens-tu me demanda soudain la muse, et pourquoi portes-tu à tes pieds les sabots d'une chèvre?
– C'est que ma Dame, je fais comme vous partie intégrante d'un même rêve...
– Pourtant, mon corps à moi est le même qu'en vrai lorsque je suis éveillée!
Les dieux que vous côtoyez, sont-ils faits comme vous?
– Comme toute muse, j'amuse ceux qui m'ont faite à leur image…
– Alors, moi qui devrait l'être, pourquoi suis-je conçu si laid? Serait-ce que mon jeu vous déplait?
– L'amour est au joueur aveugle ce qu'est celle qui l'aime vraiment…
– Se peut-il que velu et cornu, vous me trouveriez si adorable?
– Certes, car même petit, vous êtes de ces dieux amusants et protecteurs, dont la bienveillance rend acte de ce qui manque à qui se sait pareil à l'apollon imbu de lui-même...

 

 Qu'il soit versificateur ou prosateur, le félibre fait choix libre d'un jeu qui pare parfois son âme d'un sourire de jeune fille à l'air enjoué; et quand il décrit cette beauté couronnée de lierre, il la chausse de brodequins pareils à ceux que portaient les personnages des comédies antiques. Alors, démasquée entre certitude et crédulité, la verve bienvenue de Thalie se claironne par ce porte-voix qui la soutient. L'onirisme devient lyrique est Homérique lorsque l'héroïque symphonie accompagne le chant de la tragédienne; et c'est la voix du poète qui porte loin la sienne...

 

Être ou ne pas être? La vie est une comédie qui met dans notre main le poignard qu'ensanglante notre propre cœur. Elle nous fait terreur et pitié quand les mots tissent des linceuls pour habiller les mortes années couronnées d'insuccès.

 

Mais le rêve montre des raisons que la raison rend béantes à qui sait s'accepter en toute aberration, même s'il suffit d'un rien pour briser la métaphore: que le poète ouvre les yeux juste à temps pour voir décamper une biche. Alors, relevant son buste, il s'assoira peut-être sur son doux lit de mousse. Puis il étirera ses membres et d'une main encore endormie il se saisira sa besace tandis que de l'autre il entreprendra de l'ouvrir, afin de pouvoir se restaurer et se désaltérer.

 

Le nectar que boit le dieu Bacchus est de ces réalités qui font saigner la vigne en ses grains vendangés… alors comme pour revivre autant par l'entité que prolonger le songe d'été, voici qu'à présent le poète se verserait un plein verre de vin qu'il boirait en songeant à un certain Graal mythique, et c'est alors que la chaleur veloutée lui ferait présage mieux encore que mirage inventé…

 

À présent le poète réinvente la métaphore. Il ferme les yeux. Son esprit fait le vide. Il marche à reculons dans un passé enfoui qu'il refuse enfui. Et comme le fils de Dédale lorsqu'il s'échappa de Cnossos en fuyant Minos par les airs, le magicien des mots quitte la terre: son âme enivrée du nectar des dieux lui fait un songe si délirant que dans sa pensée visionnaire, se peint un tableau triomphant où des muses subliment l'amour et son miel. Et le voici filant très haut dans le septième ciel. Son corps n'est plus velu mais vêtu de volupté. Il ne porte plus de sabots. Ses pieds nus marchent sur des nues tandis que son regard bleu se grise à la vue d'une arche aux couleurs irisées qui lui parle d'anges d'éternité.

 

Le poète se sent gagné par l'ivresse: il boit la lumière céleste! Il va voguant sur un bateau nuage qui l'emporte vers les Grâces. Le voici aux portes de l'Olympe où l'appellent les filles de Jupiter et de Mnémosyne. Mais si la jeunesse de ces muses est immuable il en est tout autrement de la sienne: alors sa pensée versifie comme ces beaux troubadours qu'enchantent les belles réjouissantes, mais sans pouvoir jamais être invités aux festins des dieux.

 

Trompettes de la pensée ignorée: vous êtes mal embouchées et vous le savez!

 

Alors le poète plaqua ses mains sur mes oreilles agressées: juste après m'avoir soufflé que de son vivant l'artiste n'a que rarement de valeur ajoutée... Sinon que Clio, croulante sous les pesants lauriers de l'histoire des despotes, jetterait bien livre et instrument pour que le temps des poètes voit enfin les humains s'embrasser en tous les lieux où des doigts se plaisent à pincer des cordes tendues sur des morceaux de bois. Et puis espérons que l'espace d'un temps hors de lui fera lire la joueuse de lyre, tandis qu'Euterpe, couronnée de fleurs des champs, enfouira l'ire du monde sous des piles de partitions, en attendant que les chants nouveaux du passé descendent de Cassiopée, et que par-delà de hauts bois: le son d'un hautbois s'exprimera comme s'entend le charme des lettres cultivées qui s'effeuillent en feuillée… sous les doigts graciles des belles lettrées, assises à l'ombre des charmes. Fiers enracinés, qui dans de verts jardins printaniers, s'enivreront des senteurs blanches du jasmin mouillé de rosée.

 

RHD

 


28/05/2016
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Et soudain un sourire...

 



                  La nuit s’annonçait triste et morne. C'était une de ces nuits où tout comme les sentiments qui s'embrouillent, les idées endeuillées se bousculent, sans s’excuser. Marc était entré par hasard dans ce bar de la rue Monsieur le Prince. Il commanda un demi et s’installa sur les ressorts épuisés d'une des banquettes de cuir en détresse. L’atmosphère enfumée semblait vouloir se joindre à l’image floue qu’il se faisait de son avenir: Sara l’avait quitté pour l'amour d'un destin doré qui n'était pas le sien…, alors, son monde à lui avait été ravagé par un tsunami du non-sens.

 

Oh certes, Sara était à peine plus qu'une amie d'enfance. Un visage d'ange, orné de cheveux blonds et bouclés… Un être complice, qu'il avait toujours mis en exergue dans le journal naissant de sa vie. Véritable âme-sœur, à qui il s’était toujours confié.

 

                  Quand une passion qui s'idéalise, reste trop longtemps contenue par l'océan de nos rêves, elle risque de sombrer à jamais. Restant toutefois profondément incrustée dans la mémoire de notre monde à part…

 

Les brumes contées du hasard, avaient d'abord pris des allures enfantines d'où avait surgit sa petite sirène d'Andersen. Mais avec l'adolescence, elles s'étaient peu à peu évaporées. Et voici qu'elles étaient retombées sur lui en une pluie de diabolos-menthe à la saveur salée. Mais ce liquide coulant par émotion sur ses joues, il le trouvait un peu trop saumâtre à son goût.

 

Son amourette, il l'aurait voulue connaître comme on savoure le baiser puéril d'une enfance renversée. Alors il ne pouvait se faire à l’idée que Sara allait se marier à un autre: puisque lui, l'avait toujours aimée en secret.

             

                   Marc porta le bord de son verre à ses lèvres, mais l’amertume de la bière s’insinua aussitôt jusque dans son esprit nostalgique. Il se sentait esseulé et timide en jeune homme trop romantique... Avec un cœur de poète plus blues que rocker... À l'intérieur duquel bouillonnait du sang rimbaldien. D'ailleurs, il était toujours prêt à défendre des idées qu’il avait à peine vérifiées. Il les concevait lors de rêves itératifs déclencheurs. Comme Arthur sillonnant autrefois les remparts de Mézières, il survolait virtuellement les ruines d'une enfance dont il ne resterait bientôt plus qu'un projet bâclé. L'avant-propos d'une vie pas encore construite. Ses pierres du bonheur lui paraissaient inéluctablement rongées par l'intérieur. Comme un ventre froid. Pourtant rien ne destinait Marc à devenir contestataire. Tant s'en fallait! Mais il avait envie de chausser les mêmes semelles de vent que son idole: un poète écrivain, explorateur, déjà d'un autre temps que le sien. Alors ce soir-là, il se créait des ailleurs: un autre monde, parallèle à celui présent. Mais d’une autre dimension… Dans laquelle les rêves d’adolescents sont encore accessibles aux adultes.

 

                   Le destin d'une vie, correspond certainement à un ordre profondément susceptible. À force d'en vouloir connaitre le sens ou la cause, l’on finit par être quelque peu paralysé psychologiquement et même religieusement. De la même manière: l'univers pouvait l'être aussi avant l'évolution de la connaissance physique et l’application des mathématiques abstraites. Les pas hésitants de l’esprit humain sont trop cartésiens. Ils continuent de "buter" sur un mystère inexplicable. Ce qui nous parait abstrait échappe à toute analyse scientifique rationnelle et s'en trouve exclu de la pensée si elle semble trop profondément romantique. Sinon qu'à faire usage d'apagogie. Mais qui sait ? Pour que l'empathie soit généreuse. Pour quelques-uns, pour quelques-unes… de tous les êtres qui sur Terre y croient encore: s'aimer reste possible même si c’est de différentes manières…

 

                   Son regard vaguement contemplatif semblait maintenant s’extasier devant le contenu de son verre. C'était comme s’il s'attendait à ce que le liquide jaunâtre et mousseux,  allât se muer en une coulée d’or transparent… Sa pensée se délitait doucement, au rythme des bulles échappées. Il s'imagina une montée de lave crevant la surface d'une mer prisonnière.

Aux yeux du poète, c’était comme si rien ne pourrait contenir l’esprit fuyant du breuvage…, pas plus que le sien.

 

Marc aurait voulu s’enfuir lui aussi de cette façon. Rejoindre l’éther. Y patauger à jamais. Découvrir une autre planète. Ne plus rien ressentir que l’osmose d’une forêt peuplée d'essences animées et dansantes. Vivre l'ivresse éternelle. Dormir parmi des muses: qui seraient amoureuses des humains. Ou encore, méditer sur une île au sable argenté. Nu, comme un solitaire enchâssé. Ne rien entendre que le chant des baleines. Mais surtout pas cette musique de sauvages que diffusait le juke-box! …. Création dissonante, d’un tumulte de sons, destinés à être consommés par l’immodération d’une société dévoreuse de produits audio lamentablement périphrasés!... et qui le renvoyaient à préférer son amertume bien à lui. Celle d'un garçon trop sensible. Dont la naïveté poétique ne pouvait que se désenchanter face aux réalités. Et tiens! Parlons-en de sa poésie! Dissoute qu'elle était dans une marée d’individualisme parfaitement contemporain! Comme ces sauvageries verbales, diablement concomitantes, que l'on s'échange, copieusement chargées de rancunes mouillées par l'acide des reflux œsophagiens... Non! Sa pensée à lui était cristalline, légère, comme la voix dans son oreille…, sibylline, imaginaire, et qui par-dessus le vacarme lui répétait inlassablement la chanson du phoque blanc:

 

             - « dors, mon baby, la nuit est derrière-nous … ».


             Mais dans l'histoire que vivait Marc, ‘Le livre de la jungle’ s’était refermé depuis longtemps, seuls les loups étaient entrés dans Paris! Et alors, comment pourrait-il à présent y rencontrer une tendre égérie?

 

Pourtant, celle qui comme lui souhaitait que le monde fût autrement plus serein que sa triste absurdité, était bien vivante, réelle… Et derrière lui !


             Jolie brunette de vingt fleurs, seule, attablée devant son café froid: Martine le regardait depuis un moment, et bien que Marc lui tournât le dos, elle entrevoyait son image inversée dans le tain flétri à l’opaque d'un très vieux miroir. Par ce chiche ornement du mur opposé qui lui faisait face, elle obtenait ainsi un portrait noyé du poète. Représentation qui le renvoyait comme dans un brouillard persistant à la surface d'un océan de pensées moroses…

 

        Et puis, quand il s’était mis à fredonner, elle avait fait abstraction de tout ce qui ne l'intéressait pas, et alors, la voix nostalgique de Marc lui était parvenue distinctement:

 

        - « Dors, mon baby, la nuit est derrière nous, et noires sont les eaux qui brillaient si vertes »...


        - « c’est joli ! »

Les mots avaient fusé spontanément d'entre les lèvres mouillées de Martine.

 

       Le jeune homme Surpris se retourna, et soudain… un sourire éclaira la beauté de leurs visages…

 

 

Robert Henri D


01/06/2016
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Dans mon monde

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…Dans mon monde rien n'est certain: sinon que le sentiment papillonne les choses.

On y voit des calices où s’abreuvent les filles de Mnémosyne, enfiévrées de délices.

 

Arachnéen du matin, je vois des Nymphes saccager la soie de mes toiles. Pour en voler la rosée qu’elles étalent… doucement encrée… sur des Vélins précieux.

 

J’y dépose après elles de délicats pigments aquarelle: afin que la magie de l’eau donne vie à mon œuvre naïve.

Alors, quand le tout se sur-réalise, le papier bienveillant s’enivre de l’étrange transparence!

Négligemment, je projectile d’autres couleurs… pour cibler des ponts arc-en-ciel… sous lesquels soupireront à certains soirs de lune, les sirènes d’Andersen.

 

*

 

Dans mon monde aquarelle, assis au bord d'un puits sur sa margelle, je médite à mes heures, battant pendule comme en cœur... réécrivant dans ma tête, des poèmes de fête... Avec des mots qui font du porte à porte, offrant mes songes gravés à l’eau forte.

 

J'y glisse l'esquisse d’un vent qui musarde… Le long d'un mur grimoire qui se lézarde...


Au ciel jaspé, quand l’ombre me fait face, je vois des âmes comme en rêve tenace: regards calligraphes, elles s'échappent des nues avant de s'égailler parmi les fleurs de mon jardin secret; dessin d’une enfance qui a fui vers son destin discret.

 

RHD


19/06/2016
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