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Wiyhin the confines... ( suite 33)

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   S'il se peut de cogiter par le biais d'un flux savamment réticulé de notre conscience, le questionnement ardu qui en découle oscille immanquablement entre la pensée cartésienne et l'autre irrationnelle. Gabryel lui-même, avait senti naître en sa fille une faculté d’intellection qui serait plus forte, plus profonde que son propre entendement à lui. Il se souvenait des paroles prédicatrices que Médényga avait adressées à Athénéïse lorsqu'elle était apparue dans le jardin-berceau de la planète Hydro, et à savoir Habygâ si capable, notamment dans l'usage de l’Amour dieu universel, il en avait déduit qu’elle serait mieux munie que lui en puissance de lumière, et que cela serait utile à la blonde Déesse pour mener à bien l'ardente dévotion qu'elle offrait à ce Très-Haut qui l'animait aussi. Oh bien sûr, Gabryel disposait lui aussi d'un esprit très puissant! Mais il avait été conçu pour servir à d'autres fins que celles de seconder directement le suprême. Et s’il continuait d'être « nourri » par les pensées complices de tous les humains croyants en "l’esprit dans la lumière" il se trouvait qu’en épousant Athénéïse, il avait aussi consenti au "partage spirituel", et donc une partie des forces qu’il recevait auparavant se trouvait à présent redirigée non seulement vers son épouse, mais aussi vers sa fille: cela s’obtenant pour elles à chaque fois qu'il les approchait de peu…  Certes, l'Ange dieu de lumière était tout de même âgé de plusieurs dizaines siècles! C’est dire la puissance et la connaissance qu’il avait dû emmagasiner durant toutes ces années! Alors il acceptait volontiers ces situations de partage qui finalement ne le démunissaient que très peu. D'autant qu'il savait leur donner en cela une arme puissante et suffisamment redoutable pour qu'elles puissent intervenir à leur tour, très efficacement contre le « Mal ». Alors l'Ange dieu Gabryel ne doutait pas que le créateur de tout, avait certainement décidé aussi d'appuyer directement sa fille, et qu'il était donc pour quelque chose dans la force qui animait Habygâ...

 

– Oui, c'est bien cela! Pensa tout haut Gabryel…

 

Le syllogisme qui le conduisait à se poser cette vaste question lui était du reste familier, et cela s’était aussi affirmé quand il avait eu avec son père, une grave discussion à propos de Néphysthéo :

 

– Comment cela avait-il pu être possible, qu’un enfant dieu puisse se trouver ainsi enlevé et détourné de sa vraie mission sans que personne ne s’y soit opposé?... Père… n’êtes-vous donc en cet univers l'absolue autorité souveraine qui peut s'opposer à tout?

– Je suis celui que tu dis dans cette galaxie! Avait rugi Junyather, produisant un souffle d’hydrogène si puissant que cela généra au sein de l’atmosphère déjà inhospitalière de la planète Jupiter, une nouvelle tempête anticyclonique dans la gigantesque structure nuageuse. Laquelle apparut comme plus vaste encore que la grande tache rouge tricentenaire, au point qu'il fut possible de la voir aussi depuis la planète Terre! Il sembla même à Gabryel que cette nouvelle colère jovienne était apte à affecter tous les satellites de la planète Jupiter, y compris les puissants Ganymède et Callisto.

– Père…Je vous en prie, calmez-vous, cet excès de rage est inutile, d'autant que nous aurons besoin de garder toute notre énergie pour combattre!

– Mon fils: Il existe tu le sais un dieu bien plus puissant que moi, un dieu d’amour et de lumière, un dieu que vénèrent beaucoup d'hommes de la terre… Et c’est lui qui a choisi de me placer dans cette galaxie. Il m'a nommé grand administrateur de la matière qu'il a voulu vivante et intelligente au sein de ce système solaire qu'il a créé pour cela!

– Je peux admettre cela mon père, mais si ce dieu suprême est fait de ce même Amour que celui qui est en moi, pouvez-vous m’expliquer pour quelle raison il a admis que soit l’HOMBRE et tant d’autres êtres maléfiques comme celui-là ?

– J’ai eu moi-même à me poser bien des questions. Si l'on tient compte de l'immensité galactique et de sa multiplicité cosmique, s'admettant aussi qu'il fallait bien trouver un moyen pour que tout s'équilibre, le fait est que je ne suis certainement pas le seul responsable qui soit! Reste que si l'on admet que la vie n'existe peut-être pas ailleurs que dans la Voie Lactée, alors autant nous fier à la religion que j'ai admise à Manès, qui est fondée sur le gnosticisme dualiste. De fait cette religion perdue saurait peut-être, si je puis dire, sinon t’éclairer davantage, l'obtenir tout de même autant qu'elle a tenté de le faire pour les hommes de bonne volonté, en un temps relativement proche qui fut vécu par eux sur la Terre. Et puis j'aimerais te citer ce texte d'un certain  Lucien: poète de son état…

 

Nés  d'un pays imaginaire qui s'édifie,

Supra cosmiques en leur divine perfidie:

Les ténèbres voulurent conquérir la lumière !

Ainsi quand ces royaumes opposés se mêlèrent,

Dans le chaos d’un grand tourbillon de ses substances,

Le Bien s'équilibra non sans mal en ses croyances;

La lumière pour l’homme fit transmutation:

Germe eucharistique et transsubstantiation.

¤

Si la pensée profonde s'éclaire en noirceur,

En se mêlant à eux la lumière fait douceur

Tant que le catastrophique idée ne tue Dieu.

Mais les ténèbres châtient et divisent en deux!

Or, s’il n’est rien mieux trouvé d’entité idéale,

Le conflit s’équilibrera tant par bien que mal.

Autant que vie et matière peuvent s’allier :

Rien ne songe aux sombres partis pour s’affilier.

¤

Histoire de pomme ou divine incarnation...

L'humain n'est guère que parfaite imperfection.

Est-il né de l’Univers… Le corps pour matière?

Son Esprit de lumière..., est-il fait de poussière…

Et si la mort le détruit: sert-elle un anathème?

Processus de raison… Élévation suprême?

Si fondement manichéiste fait abandon:

Le tout est matériel: pour la bonne raison.

¤

 Par la philosophie de son concept dogmatique,

Le Mythe fondateur de Manès en est drastique!
Toute violence énergétique entre entités

Fait sciences opposées en leur monde d’idées.

Satan, Prince des Ténèbres est damnation.

Dieu Gouverneur de lumière est résurrection...

Ce qui est mauvais est l'ivraie de toute évidence,
Quand ce qui est bon est délivré de l'alternance.

¤

Ce qui caractérise absolue division,

Fuit à l’antérieur au moment de l'union:

Aucun des deux ne pourra plus l’autre anéantir,

Le monde ultérieur étant parfait sans désir…

Mais le pacte signé par ces deux-là est instable;

Leur mélange improbable en serait-il le coupable?

Aujourd’hui vivent les hommes en d’autres cercles…

Le temps du médian n’est pas l’ère de mon siècle!

¤

L’âge polaire des chaleurs humaines avance,

Mais la rage éclaire de sombres intolérances.

Quand l’homme primordial redevient animal,

Idéal est défunt? Vive le paranormal!

Visionnaire qui s’étiole est sans étoile:

Si le peintre ordinaire n'y voit plus dans sa toile!

Point l’Artiste sans foi ne saurait sur son métier,

Tisser cent fois la trame de notre impiété!

¤

Quand Satan en jouit jusqu'à l'empreindre de mal,

L’âme humaine se perd sans atteindre l’idéal.

Alors, une main bleue fouillera dans ses entrailles.

Pour s’offrir la matière afin d'autres épousailles:

La peste se mariant au Prince des ténèbres!

Et sur la Terre: plus que ruines et runes funèbres!

Comme pour Mars la froide oubliée dans les cieux

L’homme tuera ses aïeux et mourra sans ses dieux.

– Père, il me semble que ce vers  « Le conflit s’équilibrera tant par bien que mal », fait jaillissement d'une certaine vérité cosmique, un fait qui à compter des premiers photons du rayonnement cosmologique, aurait vu s'organiser les premiers atomes à partir de particules de lumière, puis la matière ordinaire des protogalaxies, et enfin les galaxies. Lesquelles fonctionnent judicieusement dans l'univers, avec la matière sombre qui les stabilise afin qu'elles ne s'effondrent trop vite sur elles-mêmes. Les préservant même d'aller jusqu’à sombrer prématurément dans une spirale « d’apathie ».  Sous peine de quitter la lumière au profit d'un contraire qui serait situé aux confins de l'univers…

Ainsi, par extension, il y a lieu de penser de ce poète qu'il est un visionnaire à sa manière. Notamment par son à-propos de la machinerie des étoiles, autant que de celle qui s'engendra par l'homme pour l'homme. En somme, s'il regarde ce macrocosme dans le détail, il peut aussi le voir animé d’un mouvement  gyroscopique bien réglé, mais qui  tel un pendule hésitant, pourrait bien s'échapper du contexte historique des humains si la main qui en tient la commande venait à devenir sénile...

– Certes avait admis Junyather, tout ceci est un peu fait de ça, mais aussi de beaucoup d'autres choses…

 

*

   Gabryel avait pris congé de son père tout en méditant sur cette pensée qui lui semblait vouloir s'incruster en noir et blanc sur un fond de négatif. Alors, il lui superposa la belle image coloriée qu'il avait su préserver. Vision positive de tous ses moments passés auprès d’Athénéïse. Puis il se remémora des instants voluptueux qu’il avait vécus peu avant la naissance d’Habygâ…

 

– Que tu es belle, avait-il dit à la flamboyante poétesse tout en caressant le ventre arrondi…

 

   Et alors, Athénéïse ne voyait plus rien d’autre que lui. En plongeant dans les siens: ses yeux s'y baignaient comme dans un océan tiède fait de larmes d’amour. C’était  tellement beau que plus rien autour d’eux n’était hideux. Sinon les fous de guerre et leur promesse inverse… 

Il leur semblait qu'une vague d’affection, d’un bleu énergétique intense, les portait loin comme amant et amante. Ils étaient comme enlacés sur le pont flottant d’un joli bateau blanc naviguant de lui-même, sur l'un de ces « Grands Lacs » que l’on s’imagine exister au pays utopique, et qu'alors, c'est parce qu'ils s'y trouvaient si bien qu'ils n’en reviendraient peut-être jamais……

 

– Gabryel… Avait-elle murmuré :

– Je t’aime tellement!

– Ma douce, oh mon aimée!…

 

...Et ils s’étaient fougueusement embrassés…

 

*

 

   L'autre nuit d’importance fut celle de l'enfantement. Elle lui avait demandé de l'emmener dans le sein naturel de la Forêt d'Ardenne. Il avait alors enfourché sa monture céleste, tenant avec précaution Athénéïse dans ses bras robustes. Et la féerique Ezaïhelle les avait transportés sans heurt, puis déposés en douceur au centre d'une clairière tout inondée de lumière bleue. En cet endroit se trouvait une étrange chaumière aux vitres allumées, dont la porte s'est refermée sitôt que la Dame poétesse y fut entrée... Gabryel fort inquiet aurait voulu frapper à cet huis, pour s'enquérir et même l'aider. Mais c'est alors qu'il allait le faire que le battant s’effaçait, laissant apparaître Morganie:

– Mon Prince, lui avait-elle dit d'une voix qui se voulait rassurante, ne vous inquiétez plus, et puis laissez-nous, car ce qui doit être fait maintenant est affaire de femmes...

– Mais Madame... Ne puis-je donc comme les autres maris vous assister de mon amour pour mon épouse, et aussi pour le petit être qui va naître...

– Allons, vous devez savoir que je suis née ici même. Et vous ne devez pas ignorer non plus qu’Athénéïse est comme moi, venue aussi dans la spiritualité de cet endroit... Nous sommes toutes deux pareilles, et votre enfant y apparaîtra comme nous pour compléter une nouvelle trinité: elle deviendra une Dame de la Forêt du mont de l'Ardenne. Comme l'a vécu avant nous Ardvina qui fut issue comme vous de la déité pour animer le bien qu’il faut sur cette terre. Cette nuit, c'est comme si votre propre berceau était descendu du ciel pour accréditer le sien dans la même raison. Les deux seront virtuellement unis pour que naisse une autre « Diane » un prochain « fruit d'amour » et qui sera personne admise « Très haute » par-dessus les dieux ordinaires... Ainsi, plus tôt vous méditerez à cela et mieux encore que moi vous le saurez et le permettrez!...

 

Ainsi, il en était donc écrit comme Junyather le « voulait »… la « Nouvelle Histoire » commencerait!

Alors l'esprit d'Habygâ qui vibrait déjà par la profonde interpénétration existentielle de sa mère et de sa tante, serait présenté pour la première fois à l'osmose qui émanait de la puissance divine unie à celle naturelle, et servie par la féérie forestière. Cela apportant l’enveloppe spirituelle d’un corps tout juste naissant dans une chaumière située au centre d'une clairière intangible, inondée pour la circonstance, de  la lumière des dieux justes. Ceux-là en prenant eux-mêmes acte avec Gabryel et sous seing de la Forêt Ardennaise. Alors toute vie environnante avait communié comme on s'agenouille, transfiguré d'avoir survécu à une expérience de mort cérébrale, et que par ce miracle, on se retrouve en vie sous un soleil merveilleux qui nous fait la promesse à venir d'un monde meilleur...

 

Et puis le temps a passé. Les aiguilles de la « grande horloge » qui décompte celui des humains de la Terre avaient continué de tourner, sans trop de changements, et cela durant les vingt années qui avaient suivi l'évènement...

 

 ¤

   Une nouvelle nuitée étendait paresseusement ses limbes de brumes sur toute la surface du lac; tandis que par-dessus les toits de Castel-Athéna, le ciel virant au bleu noir se trouverait bientôt splendidement éclairé par le grand lustre lunaire…

 

Quittant prestement le manoir endormi, Habygâ se dirigea droit vers la barque qui semblait l’attendre, sagement calée contre la berge. Puis la Dame s’y installa avec précaution, et comme à l'accoutumée, l'esquif doublement enchanté entreprit de traverser de lui-même le lac, jusqu'à pouvoir accoster doucement sur l’autre rive, là où débute le chemin menant à la clairière qui vit naitre la divine, à présent devenue reine de La mythique Forêt d’Ardenne. Morganie lui avait donné rendez-vous près du grand chêne. Habygâ connait bien cet endroit accessible secrètement. Jadis une druidesse celte y pratiquait ses offices. Elle savait cela pour l’avoir d'abord ressenti lorsqu’elle s’y rendait enfant. Puis elle en avait reçu la confidence  céleste. Elle avait vu des bribes de ce passé lors de l’un de ses longs sommeils extasiés. Elle se sentait ici chez elle. Connaissant et sachant voir le petit peuple de la forêt qui grouillait joyeusement. D'ailleurs, ce soir là encore, des Nymphes des fougères s'assuraient de la sécurité du chemin comme à l'accoutumée. L’affinant au fur et à mesure, juste avant que ses pieds ne le touchent. Contrôlant jusqu'à l'état du doux tapis de mousse qui garnissait le passage qu'empruntait la belle. Aucune ronce, comme rien d'autre, ne devait la gêner au risque de la faire trébucher. De loin en loin, un feu follet allait en sautillant. Il avait été mandé pour lui montrer la  bonne direction. Le génie s'exécutait de bonne grâce. Il dansait même une sorte de balai assez artistique. S'arrêtant çà et là, de temps à autre, pour s’assurer de n'être pas trop loin devant, et même, prenant soin de revenir pour l’éclairer de près à la moindre embûche  qui sous forme de creux ou de bosse, risquerait tout de même de gêner la gracieuse avancée des pas qu’elle faisait.

Habygâ qui le connaissait de vue le suivait donc ainsi. Tandis que plus avant encore, quelques phalènes-fée se dérobaient de loin en loin, tel que le ferait l'éclaireur, en premier prudent, jusqu’à ce que soudainement elles s’arrêtent, comme des torches plantées au milieu du sentier, alors que s'étant soudain faufilé entre elles, le follet venait de disparaître...

La blonde déesse ne s'en inquiéta pas, car c’est alors qu’il fallait vraiment le suivre de près, puisqu'il convenait maintenant de passer à main droite par un étroit tunnel de verdure,  qui au fur et à mesure que la déesse avançait, désentravait ses lierres et ses ronces pour mieux s'ouvrir à sa progression. Cela produisait aussi que s'écartaient quelques branches d'arbustes ou de sapin, jugées trop basses  pour qu'Habygâ puisse passer sans encombre. L'action de ce phénomène fort étrange répondait en fait au commandement mental de la jeune femme. Elle savait cependant qu'il ne pouvait se produire qu’à un moment précis, et seulement durant la nuit: quand la lune est pleine.

 



21/06/2016
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