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WITHIN THE CONFINES... (suite 41)

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33

 

Transition

 

 

   Depuis la signature du Pacte des Fées, les forces surnaturelles antagonistes semblaient s’être enfin équilibrées. Les sorcières qui hésitaient encore avaient tenu un autre conseil avec Morganie et l'avaient majoritairement suivie. Tandis que constatant qu’elles étaient fortement minoritaires et loin de recueillir pour leur choix comportemental l’approbation même partielle de toutes leurs sœurs, pour les plus virulentes s’étaient quelque peu assagies. Cela pouvait se justifier par le fait qu'elles voyaient dans leurs chaudrons des destins aléatoires s'immisçant de toutes parts. La Dame rouge s’en était retournée dans son antre sous le schiste, au fond duquel une porte consciencieusement dissimulée par un sort,  s’ouvrait sur un souterrain qui autrefois faisait échappatoire pour une tour fortifiée servant alors d'avant-poste à des soldats. L’archange déchu, son élu du moment, ne se privait pas d’en user aussi à d'autres fins que celles d'amours tactiques. Le passage providentiellement stratégique lui permettant, entre autres, d’aller plus directement comploter çà et là dans la forêt. Son but principal étant moins d'honorer sa belle que de recruter des indicatrices malsaines parmi les Elles, et par la même occasion, de semer des zizanies au sein du Peuple de la Forêt-Noire.

 

   Au manoir, ce fut tout de même une période d’apaisement qui se vivait. La Déesse Habygâ la mit à profit pour aller prédiquer l’amour du culte d'Athséria à travers toute l’Europe. Retrouvant çà et là des groupes d’adeptes isolés: elle les mettait alors en communication avec les autres, obtenant ainsi peu à peu la trame d’une communauté  pacifique de plus en plus puissante.

   Habygâ qui se déplaçait dans la dimension secrète du monde parallèle en compagnie d'Erzeré, le faisait prioritairement à l’aide de la sphère de lumière que Gabryel lui avait confiée. L'ange dieu savait que peu de personnes maléfiques, et certainement pas L'HOMBRE, ne pouvaient les atteindre tant qu'ils étaient protégés par ce moyen de transport et de sauvegarde.

 

De son côté, le Grand Ange dieu de lumière participait avec Morganie à l'initiation des Athsérians guerriers volontaires. Il convenait d'inculquer aux plus doués le maniement de leurs armes nouvelles, afin que suffisamment experts, ils puissent à leur tour former d'autres guerriers et obtenir ainsi la formation d'une unité de défense qui serait efficace pour répondre  à de possibles attaques de Belzéé ou de ses démons. Pourtant craignant un autre courroux de son créateur, l'Ange déchu qui avait néanmoins repris du service après des siècles de presque léthargie, agissait à présent bien au-delà de notre pays. Il le faisait dans le but de provoquer de petites guérillas entre des bandes rivales de délinquants notoires qui, si le conflit allait en s'intensifiant, seraient ensuite récupérées pour être alors plus judicieusement menées par des dictateurs humains qui seraient suffisamment calculateurs pour passer au service de l’HOMBRE. De son côté, celui-là ne se privait pas de se créer d'autres avatars, ceci afin de pouvoir transporter durant les nuits sans Lune, les commandos d'attaque que lui concédait Belzéé: les rendant apte pour agir plus efficacement, car rapidement, malgré que ce fut pour le moment bien au-delà de la grande Forêt d'Ardenne. D'ailleurs, loin de reculer devant la résistance grandissante que les envoyés d’Habygâ instauraient discrètement dans beaucoup de pays, le dieu sombre continuait néanmoins ses exactions partout au sein des deux mondes. Étendant davantage chaque jour pour l'un cet enfer qui avait été installé sur la terre des hommes par eux-mêmes, et gênant dans l'autre, l'action des Athsérians qui opéraient dans les deux dimensions.

L'HOMBRE pourtant avait un point faible.  S’il se montrait fort puissant durant le temps qui s’étire du crépuscule à l’aube, il l’était beaucoup moins pendant le jour, étant donné qu'il avait été conçu de l'autre côté de l'univers, dans un presque néant certes gorgé de matière noire invisible, mais réputé pour manquer cruellement de particules de lumière. C'est ainsi qu'il supportait de moins en moins le rayonnement nucléaire émis par l'étoile de la terre, et pour tout dire: il y voyait mal. La lumière qu’il avait su endurer au début le faisait maintenant de plus en plus souffrir. Il avait beau user de son énergie contraire. Il ressentait un étrange affaiblissement qui lui faisait douter de son invulnérabilité sur la Terre. Et il en fit très justement la cuisante constatation l’or d’un bel excès de zénith…

 

   Ce jour-là fut d'importance à démontrer qu’il allait lui falloir compter avec l’évolution de la force d'Athséria!...

 

Sur la demande d’Habygâ, les alchimistes avaient entrepris l'expérience de conjuguer leur cérémonial à partir de cinq points équidistants situés sur le « Vieux Continent » et qu’ils avaient réactivés. Il s'agissait de cinq sites sacrés disposant de tout ce qu'il faut car  judicieusement répartis selon une géométrie particulière autour d’un sixième. Lequel avait été construit pour l'occasion sur un massif qui leur était central, et où officiait la désormais mondialement reconnue suprême Prêtresse Habygâ... Cette disposition permettant l'Alchimie qui se produisit autrefois par les six éléments d'Ardvina, mais de plus vaste manière.

 

L’HOMBRE avait suivi jusque-là avec dédain les cérémonies courantes qu'il s'y faisaient. Il ne croyait pas que de si petits groupes d’humains, même quelque peu initiés aux forces divines, pourraient le gêner dans sa quête de domination qu’il savait de toute façon servie par d’autres encore plus nombreux. Imbu de sa personne, il les trouvait même plutôt ridiculement inefficaces en regard de sa grande puissance. Si bien qu’il se contentait de les observer. Tantôt tapi dans un fossé proche: sous sa forme d’enveloppe humaine, ou encore, à l'instar d'une autre, antédiluvienne, qu’il préférait pour être à l'image d’un aigle qui serait frappé de gigantisme. De fait, il s'était ce jour posé non loin du site Athsérian central, tentant de se confondre tant mal que bien à la roche, sur l'aire ombragée d'un éperon tout proche. C’est ainsi qu’il se trouvait presqu'à son aise pour admirer de haut le spectacle qui se déroulait en bas…

 

*

 

   Quand vint le moment où les cinq couleurs: bleu, jaune, orange, violet, et vert commençaient à converger vers le vaporeux faisceau central rouge violacé par lequel, superbe, s’élevait ostensiblement la grande Prêtresse Habygâ invoquant l’esprit naturel. Cela pour l'invoquer de s'unir à celui venant de la lumière du ciel. La force vibratoire se propageait à un rythme jamais atteint jusque-là. Il y eut même quelques pierres qui se détachèrent de la paroi sous le nid d’aigle ou se tenait l’HOMBRE, sans qu'il n'y soit pour rien!

Alors que le Nirvana exultait de partout: Erzeré qui venait de tirer au clair Excaliatura la brandit vers le ciel, afin de saluer l’évènement selon un geste qu'employaient autrefois certains guerriers Pharaons d'Égypte, dans le but de remercier le dieu Râ…

Ce fut lors du grand jaillissement que cela arriva! Juste au moment où l'éclat de lumière blanche résultant du fusionnement des couleurs, frappa aussi l’épée et fut renvoyé, comme l'aurait fait un miroir, tout à fait par hasard, mais exactement en direction du dieu sombre!  On entendit alors un cri d’aigle blessé. Cela rompant le silence ambiant qui comme à l'accoutumée rendait normal l'acte sacré. Et l’on vit qu’aussitôt un grand oiseau noir s’enfuyait d’un vol gauche, terriblement lent et maladroit en comparaison de la majesté habituelle de ce roi des grands rapaces… à tel point qu'Erzeré eut tout loisir de constater qu’à une aile, il manquait une partie du plumage…

L’HOMBRE était furieux!... Lui, le grand dieu sombre qui se croyait invincible, venait d’être blessé par un simple rai de lumière!… Soit, admit-il tout de même dans sa colère: cette fois il ne s’agit plus d'un simple jaillissement, mais d’une force aussi efficace que la plus monstrueuse de mes nuits, et peut-être même, plus puissante que la haine de beaucoup des humains mauvais rassemblés!...

Il ne savait que penser d'autre, sinon qu'il souhaitait inconsciemment que ce ne fût pas une de ces nouvelles démonstrations comparables à celle incommensurable de la force d'Amour et de lumière, dont seul le Dieu suprême peut disposer à ce point... 

Alors, le grand prédateur se régénéra, et c'est cette fois, ce fut en prenant l'aspect d'un grand oiseau préhistorique muni d'ailes de chauve-souris qu'il décida d’aller voir Satan…

 

(Métaphore)

 

Si l’image qui va suivre vous semble anaglyphe,

C’est que j’écarquille un large regard supplétif

Mon roman bée librement comme fenêtre ouverte;

Dit l'imagination qui s’échappe de tête.

Jugement s'appliquant contre front rédhibitoire:

Devant moi, l’être n'est qu'illusion supplétoire.

J’ignore ce qu’il fait, s’il est juste malandrin,

Ou s’il plante un épieu noir dans un ventre malsain...

Cette chimère L’HOMBRE me trouble et met en grille:

Car par lui livré empoisonné, l’enfer me grille!

Je préfèrerais voir plus loin l'éblouie lumière,

Ou tirer des rideaux bigarrés crépusculaires...

For l’idée méditée je me farde corps à corps…

Sous son ciel généreux, l'esprit m'illumine encore.

L’image parfait en moi son décor clair-obscur:

Mise à flot de soies faisant vague d'enluminure…

   La porte rouge que poussa le dieu sombre lorsqu'il eut reprit forme humaine, ouvrait sur le même endroit dominé de pourpre enluminée que Lucien avait connu lorsqu'il y pénétra pour la première fois en compagnie de Néphysthéo… décidément, pensa l’HOMBRE: ce satané Déchu a su bien berner les humains en les laissant croire à ces histoires de flammes purificatrices que des religieux prétendent pour exister en complément des sentences humaines. Ceux-là inventant sans le connaître en vrai, un endroit fictif où devraient soi-disant brûler éternellement des pénitents d'esprit critique, ou encore, des innocents jugés païens pour n'avoir pas reçu l'éducation prônée par eux, nécessairement pareille à d’aucuns qui se disent investis de la seule vraie mission suprême qui soit reconnaissable pour telle. Certes il y a bien un feu prodigieux qui existe dans le ventre de Gaya, mais il n'a absolument rien de la diabolisation satanique qui s’en dit, puisque naturellement, il est résiduel de la formation tellurique, et cela se trouve être à des milliers de kilomètres plus bas: sous les couches constituantes des magmas naturels du manteau inférieur de la planète...

 

Et puis le dieu sombre traversa rapidement le Pays des Âmes stupides, s'engouffrant aussitôt dans le corridor bleu qui mène  au théâtre des imbus. Alors, juste avant de se transformer de nouveau en ptérosaurus, il se dirigea vers la porte du Pays Sous la Terre pour se rendre enfin là où se trouve le véritable Royaume de Satan.

 

De fait, il en survola rapidement les territoires périphériques, puis il piqua soudain pour rejoindre directement le palais situé en son centre.

Lorsqu'il vit arriver le grand prédateur noir, l'officier commandant de faction admit aussitôt qu'il devait être plus dangereux que les dragons et autres chimères qu'il connaissait pour en avoir autrefois commandé quelques-uns. Alors il ordonna prudemment aux sentinelles de se replier à l’abri des créneaux. Puis il fit un geste en direction des démons arbalétriers occupant les tourelles. Mais l’HOMBRE qui s’y attendait augmenta tant sa taille et sa vitesse que tous, frappés de stupeur, restèrent interdits devant une telle démonstration de puissance. Alors, sans autre forme de procès, il bouscula les quelques imprudents figés par la peur qui se trouvaient encore sur le chemin de ronde: fondant sur eux à les toucher, tout en rapetissant afin d’atterrir sans encombre sur le parvis royal où il changea carrément d’apparence pour montrer celle du grand dieu qu'il est. Fier Guerrier Sombre, fort bien pourvu d'une musculature hors du commun, du fourreau qui pendait à sa ceinture ornée d'or et de pierres fines, il tira un imposant sabre nucléaire d’attaque dont il se mit à jouer avec dextérité, non sans vanité, en toisant de son regard méprisant les démons-soldat incrédules:

– Allons manants! Écartez-vous! Puisque vous ne servez à rien sinon qu'à fuir! Allez plutôt quérir votre Maître! clama L'HOMBRE tout en rengainant la puissante arme pour geste de paix.

 

Le Capitaine de la garde: un grand démon au regard bleu phosphorescent, reconnut le dieu sombre pour l’avoir vu ainsi auparavant. Alors il s’agenouilla devant lui :

– Sa Noirceur à des façons fortement cavalières pour s’annoncer, les gardes auraient pu vous blesser…

– Et alors je les aurais tous exterminés! Hurla l’HOMBRE!

Il était encore sous le coup de l'humiliation qu'il avait subie tout à l'heure sur le rocher par le fait conjugué de la force ésotérique et alchimique. Cela l'ayant atteint et blessé moins dans sa chair que dans sa dignité, alors même qu’il ne s’y attendait pas! Il ajouta donc pour faire bonne mesure de son autorité:

– Mène-moi plutôt à ton débauché de Maître! Et peut-être qu'enfin il aura le courage de se montrer à moi tel qu'il est.

– Je peux seulement te conduire à Belzéé…

– Et bien soit, puisque ce pleutre de Satan me craint tant, je rencontrerais bien en attendant  cet  autre incapable!

Le Capitaine se releva sur un signe de l’HOMBRE, puis, situé à soixante coudées de l'endroit où ils se trouvaient, il désigna de l’autre côté de la cour un haut mur constitué de pierres grossières adossées à la roche, contre lequel s'appuyait un imposant bâtiment divisé en casemates. Il se dirigea aussitôt dans cette direction et le dieu sombre, dont on entendait distinctement les fers de ses bottes frappant des pavés inégaux, lui emboîta le pas. Un valet factionnaire s'effaça à leur arrivée, tandis qu'un autre, situé à l'intérieur, fit coulisser une barre d'acier et leur ouvrit une lourde porte de chêne noircie par le temps et entièrement bardée de ferrures et de clous. L'acte faisant entendre un gémissement de gonds grossiers pivotant sur des paumelles rouillées. Alors ils pénétrèrent de concert dans une  grande salle voûtée qui s’offrait froide et humide. Tout était en pierre, y compris – pour peu que certaines fussent munies d'une paillasse crasseuse – ce qui semblait être des couches maçonnées au bas des murs latéraux de la voûte.

…Il s'agit probablement d'un dortoir bâti à l'intention de la soldatesque, pensa le dieu sombre…

Puis ils passèrent une deuxième porte. Installée en vis-à-vis de la première, elle se situait tout au fond de la salle et ouvrait à son tour, sur un long tunnel qui se révéla encore plus humide et froid que la grande salle. Au bout de ce corridor inhospitalier il y avait une troisième porte munie d'un marteau de bronze que le Capitaine fit cogner quatre fois sur le bois dur…

– Oui?

– Maître Belzéé, voici que le seigneur l’HOMBRE souhaite vous parler.

– Et bien! Qu’il soit le bienvenu, mais qu’il entre seul.

Venant cette fois de l’intérieur on entendit le son caractéristique d'un autre loquet de métal que l'on déplace en coulisse, et la porte s’ouvrit.

– Maître L’HOMBRE! Quelle bonne surprise, lui dit le grand Démon en s’effaçant devant lui. Mais qu'avez-vous au bras, mes gardes vous auraient-ils blessé? Je m'en vais de suite donner l'ordre de les châtier!

– N'en faites rien, car nous aurons bientôt besoin de tous vos guerriers!

– Que me vaut cet honneur d'une telle visite inopinée, et me direz-vous tout de même?

– Allons, cette cicatrice n'est que le résultat d'une égratignure pour moi, mais quand vous en saurez la provenance, vous comprendrez qu'il est à présent temps pour vous d'agir plus sérieusement! À moins que vous ne vouliez subir par-là beaucoup plus que moi qui suis invulnérable, tandis que vous...

– Alors, dites-moi maintenant… et je vous en prie asseyez-vous, car nous serons mieux ainsi pour en parler, puisqu'il se fait que je souhaitais aussi vous entretenir de faits nouveaux.

– Sache qu'il n’est rien que je ne connaisse avant toi couard, répondit le dieu sombre.

Il semblait pourtant se calmer un peu par le fait d’avoir éructé cette dernière injure de manière peu protocolaire.

– Maître L'HOMBRE, il se trouve que votre fils a envoyé Lucien pour pactiser, mais sans grand succès, et…

– Imbécile, ne vois-tu pas que ce minable poète ne nous est d’aucune utilité!

– Il m’a fait connaître la Dame rouge.

– Cette débauchée!... Et dire qu'elle s’imagine puissante, alors que ce n’est qu’une sorcière prisonnière de la dimension parallèle forestière, un ersatz pataphysique, mais dont tu ferais pourtant bien de te méfier!

– Soit! Mais elle fait tout de même partie des entités qui rendent mystique la Grande Forêt Ardennaise et…

– Je commence à en avoir assez d’entendre parler de cet endroit et de ses habitants issus de légende que peu d'humains peuvent voir!

– Mais, Sire L'HOMBRE, vous savez pourtant bien que les univers parallèles pensés métaphysiquement ne sont pas plus extérieurs que le mien, puisqu'en passant de l'un fait d'antimatière à l'autre constitué de matière ordinaire, ils nous permettent d'agir et d'appréhender dans l'invisible par le biais de l'humain, tout en existant aussi dans les univers qui leur sont propres. Et puis il est en premier: puisque vous êtes fait des deux en équivalence, que c’est de celle-là et cette autre dimension, la onzième par votre père créateur dans l'antimatière, que sur la Terre tout semble devoir recommencer très bientôt pour saluer votre ère nouvelle.         

– Soit, tu es loin d'être ignorant Belzéé, j’en conviens, il existe même une autre dimension intermédiaire entre la dixième et la onzième, qui sont constitutives des cordes quantiques. C'est même là que résident hors du temps les esprits des humains en partance. J’admets aussi que nous sommes ici en dessous de la clairière d’Ardvina la Diane feue chasseresse. Je sais d'autre part que cette zone nous est actuellement interdite par le fait qu'elle est une propriété inaliénable, et même impénétrable par qui n'est un être constitué en majeure partie de la Lumière sacramentelle, et donc appartenant aussi en principal au Suprême de Lumière, notre créateur universel…

– Notre politique mondiale porte loin les fruits de la guerre mon cher L'HOMBRE, autant que ceux d'un plus grand surdéveloppement anarchique de l’industrie du profit. Cela précipitera certainement la fin des hommes qui couraient déjà vers leur auto anéantissement. Gabryel, même appuyé de la doctrine d’Habygâ ne pourra endiguer cela. Quant à Athénéïse et ce pauvre Lucien qu'elle connut autrefois: ce ne sont pas leurs écrits complices vaguement théologiques ou néo philosophiques, qui changeront le Monde!

– Peut-être, mais puisque nous arrivons à ce dont je souhaitais t'entretenir mon cher Belzéé… je te signale que les Athsérians guerriers disposent maintenant d’armes qui pourraient bien te détruire, comme j'en ai moi-même fait la troublante expérience…

– Pouah! Je crache sur ceux-là!... Sans l’intervention du Suprême de Lumière j'aurais pu vaincre facilement leur champion Erzeré! Ce qui veut dire qu'en dehors de mon créateur, je ne crains rien ni personne d'entre eux, et certainement pas la pointe de crôol de leurs flèches, car je suis immunisé contre cela depuis des millénaires: comme vous l’êtes probablement aussi dans votre entier tant qu'il restera non divisé. De plus il m’est facile de les intercepter, d'ailleurs, seul votre fils adoptif pourrait me détruire, mais il ne le sait pas…

– Mon fils est plus intelligent que tu le crois, et puis il disposera bientôt de la même force mentale que moi.

– Je crains cependant qu’il ne se montre parfois bien faible à l’égard de cette Habygâ…

– Aucune importance, car la grande Déesse sera ma bru quand je régnerai sur la terre!

– Je… Je ne comprends pas… Je vous en prie, expliquez-moi! Je la croyais votre ennemie?

– Sot que tu es, ne vois-tu pas que ces deux-là sont faits l’un pour l’autre, et que donc ainsi, par la réalisation de cette union divine, il se trouvera que je serai admissible grâce à eux dans le royaume de la lumière et que de surcroit, par cette union des couleurs extrêmes   – le blanc et le noir s'épousant – l'ombre noire et la lumière blanche ne feront qu'un dans ce système! Et je supplanterai alors en puissance le très grand Junyather… et peut être le serais-je encore davantage en m'alliant le Dieu de la Matière!

 

*

 

L’envie de grandeur est un mal qui voyage utopique par la vastitude de notre conscience profonde. Il existe sans doute bien des manières poétiques qui puissent traiter du sujet, mais définir ce qui est blanc n’est pas une chose aussi facile qu’il en pourrait paraître de prime pensée. D’ailleurs il faut bien admettre qu’il s’agit là rien moins que d'un mélange des couleurs dans un spectre de lumière…

Il peut se faire par exemple, que l’on présente un visage de couleur si blême, qu’il semble montrer en fait une colère noire, avec en sus, le rictus de l’incrédulité s’apposant sur un masque diabolique. Si une belle humaine rougit de jalousie face à la blancheur majestueuse d’un cygne plus élégant qu’un bateau plume, on peut tout autant s’extasier en regardant le profond calice de l’arum, faisant réceptacle pour le frais cristal de givre, au petit matin qui suit la rousse lune...

Saurait-on dire je t’aime à une statue d’albâtre, même si elle nous semble comparable, mais en mieux, à la fiancée d’un hiver qui l’attendrait pour un rendez-vous en manteau de neige? Une telle beauté serait fatale, mais elle resterait inerte même devant la pâleur de sentiment d’un paltoquet jurant le palsambleu!

S'il en est des couleurs comme des humains: les apparences restent trompeuses! Le sombre de la nuit peut rendre sublime le blafard d'une lune même voilée. Alors que la lumière du jour s'aimera contrastée dans un ciel d'azur paré des colliers-sautoirs de célestes nues moutonnées.

L’aspect change, quand demain crée d’autres couleurs. Et s’il est coutume en mon pays d’associer à la blancheur, l’idée d’une possible pureté virginale, autant même qu’à évoquer aussi, la colombe gracile en rapporteuse paisible du brin d’olivier: il est tout de même plus simple à l’aquarelliste de laisser son support vierge du moindre pigment, pour justifier l'interprétation vue d'artiste d'un néant qui est fait des particules invisibles de l'antimatière.

Alors, s’il est des habitudes dont l'une consiste à faire parler d’amour une marguerite en la dépouillant de son diadème sans voir le soleil dans son cœur mis à nu que l’on jette après avoir épuisé le serment obtenu… il se peut néanmoins qu’un « blanc » se glisse encore, tel un pétale furtif, dans l'abstrait de ce doux émoi! Cheminement probable de l’esprit qui se fait à fleur de mots improbables, et que l'on pourrait clore ainsi. Et puis, si la pureté d'Habygâ ne laisse planer aucun doute, tant elle s'accointe systématiquement aux êtres de lumière les plus dignes, en revanche, la noirceur évolutive de Néphysthéo que l'HOMBRE s'emploie à faire grande en l'éduquant pour obtenir par cela ce qu'il veut sien à sa place  – alors que l'ange dieu n'est pas encore abouti –  ceci ne laisse en rien réfuter le fait que le dieu sombre n'a pas forcément le monopole de prendre totalement possession de son âme en vue de la pervertir irrémédiablement!

Il se pourrait donc que ce fils adopté malgré lui par le dieu sombre ne serve pas vraiment au final à conforter la prétendue gloire de son père...

D'ailleurs, le jeune Néphysthéo se souvenait si intensément de sa première rencontre avec la mère d'Habygâ qu'il la revoyait souvent dans ses pensées.  La fleur qu'il lui avait alors tendue en offrande, lorsqu'elle l'avait pris pour un angelot qui la regardait en souriant, était une orchidée de sentiments aux couleurs indéfinissables: un calice immaculé, fait de lumière virginale BLANCHE, intensément pure!

C'était certainement une fleur d'amour éternel!

Et il l'avait dessinée à l'image de son propre destin.



09/08/2016
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