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L'oeuvre tourmentée

 

      Longtemps après qu'il fut retour à la caverne, Lucien était resté envahi par le charme de ce qu’il avait vécu. Il aurait souhaité que cela dure plus longtemps. Mais il y avait eu à nouveau ce discret mouvement dans le taillis… juste sur sa gauche. Il avait regardé à la dérobée. Il crut même distinguer un visage de femme. Surpris, il avait laissé un "oh" d’émotion s'échapper de sa bouche! Et le résultat ne s'était pas fait attendre. La féerie avait immédiatement cessé. Exactement comme Topiary l’en avait averti. Et ce fut tout juste s'il avait pu s'en échapper avant que le tunnel dans la forêt ne l'emprisonne. Et à présent il ne pouvait s’empêcher de songer à Maria. Mais Topiary persistait à lui dire que la belle n’existait pas dans son monde. Alors Lucien avait installé une toile vierge sur son chevalet. Il avait pris ses pinceaux et ouvert ses tubes de peinture. Puis il s’était mis à coucher sa vision, sous le regard attendri de Topiary, qui tel un ami indispensable, bien qu'espiègle en diable, ne le quittait plus des yeux.

Le lendemain et les jours qui suivirent, le poète alternait son activité entre sa toile et ses cahiers: noircissant avec soin moult pages, et puis remplaçant la plume par le pinceau de martre, il créait des couleurs étranges, qu’il posait d’une main abstraite, sur la toile…. laquelle se faisant représentative de son émotion cognitive surréaliste.

Et puis, un beau matin, il regarda intensément l’œuvre tourmentée. Son regard était critique. Considérant que le visage serti dans le houx ne s'y cachait pas vraiment de la même manière que sous ses lignes d’écriture. Mais il n'envisageait pas pour autant de délaisser toile et papier pour visiter d'autres supports de pensées… sinon qu'à imaginer d'autres capteurs de rêves qu'il finissait par juger très contestables. Alors Lucien avait fini par ranger ces plumiers et nettoyer ses pinceaux. Puis il s'était dirigé vers l’Homme de métal. Toujours aussi froid qu’un gisant de marbre, le robot était resté assis: stoïquement adossé contre le fond scellé de la caverne…

Bon, maintenant, à nous deux mon pote…

Ah! Tout de même. Tu reconsidères malgré tout ta position envers l’envoyé de Maria…

Tu n’as pas tort Topiary, mais c’est que vois-tu, ces jours derniers je ne pensais plus que par elle. À tel point que le tableau que tu vois… C’est elle qui l’a peint et non moi! Même mon écriture me semble étrangère, comme dictée... Et puis de toute manière, je n’ai jamais su peindre comme j’écris avec mon âme, et pourtant de ma vie, c’est ce que j’ai fait pour la première fois.

Lucien s’appliquait à se surpasser. Il aimait construire de jolies phrases pour honorer Dame nature feue . C’est très jeune qu’il commença de versifier comme on peut. Et puis, c’est à force de regards approfondis que l’envie d’insérer des métaphores abstraites dans ses écrits lui est venue. Mais cela ne suffisait pas pour exprimer ses visions. Alors il s’était mis à les peindre… Comme l'on s'exprime par de l'art naïf.

Hum… Le système qui contrôle la puissance du robot est HS. Et puis ses capteurs photovoltaïques sont manifestement d’un autre âge… Topiary, je connais cette machine pour l'avoir vue dans un musée. C’est un androïde datant de plus d'un demi-siècle!

Bravo mon Lucien! En fait, je peux te l’avouer, à présent que nous sommes devenus presque intimes: d’abord destiné à explorer le cosmos, Il a transité par un couloir hors du temps mais il s’est égaré du mauvais côté. Alors, Maria l’a renvoyé dans ton monde.

Je croyais que cette femme restait à naître?

En fait, elle est déjà là, mais pas encore ici…

*

 

 



05/11/2017
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