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Dans la gueule du loup...

   Alors qu'il s'époussettais machinalement, Lucien put se rendre compte que ses vêtements n'étaient aucunement souillés... Comme si rien ne s'était passé de cette gymnastique qui pourtant l'avait mené ici! C’était à croire qu’il se trouvait protégé par l'entremise d'un rêve étrange. Mais en revanche, ce qui lui semblait moins onirique, c’est qu’il en avait égaré son chapeau de brousse... à moins qu’il ne l’ait point porté ce jour-là ? En fait il ne savait plus!

 

– Bon sang! Se dit soudain le poète, voilà que ma pensée s’embrouille autant que tout-à-l'heure ce brouillard ostensible qui me brouillait l’esprit! Bah, tant pis! Si ma tête est malade: au moins je suis vivant… Enfin, j’espère… Et puis si tant est qu’il y en ait un de perdu au possible, ce galurin, je le retrouverai bien au retour...

 

Il doutait que les quelques pierres qu’il avait à présent devant lui fussent du moindre intérêt. Sinon que celui de la découverte et de l'imagination qui invente, ou réinvente, l'activité des personnages qui avaient dû séjourner, mais il y a certainement longtemps de siècles, dans ce qui devait être bâti là autrefois. Il pensait cela, mais sans chercher pourquoi lui venait l’image moyenâgeuse d’une petite masure couverte d’un toit de chaume.  Construction de faibles dimensions, qui fut probablement utilisée en son temps par un être aussi gourmand de solitude que lui. Notre Lucien se surprit même à s'imaginer rachetant l'ile et reconstruisant la maisonnette tout en rêvant d’improbables châteaux en Espagne. Il y songeait encore quand quelque chose comme de la lumière verte mouvante  attira son regard:

 

– Bon... Voilà que ça recommence! C'est encore ces flashes s'exclama Lucien vaguement inquiet...

– Bonjour... fit entendre une voix féminine

– Madame, je sais que si vous n'êtes plus dans l'eau, c'est donc que probablement vous-vous êtes cachée derrière cette ruine pour me surprendre.  Alors, apprenez toutefois qu'à ce jeu de la fausse entité vous ne m'amusez plus guère puisque je vous entends à présent respirer comme une humaine!

– Perdu! Fit une petite voix dans l'oreille gauche du poète, tandis que se m'éprenant, Lucien crut à quelque acouphène venant de lui.

 

Puis il perçut un autre déplacement sur sa gauche. Il pensa que ce pouvait être celui d’un gros insecte. Ou quelque chose ressemblant à un criquet vert de belle taille. Cela qui venait de sauter depuis son épaule devait avoir des ailes pour atterrir de la sorte sur le muret qui lui faisait face à deux bons mètres! Revenu de sa surprise, le poète s'interrogea à nouveau sur sa capacité de discernement. Certes celle-ci depuis un bon moment était tant mise à l’épreuve, qu’il était maintenant d’accord pour tout accepter sans plus ne rien se demander. De même qu’il n'osait bouger… Pourtant il décida d’avancer, mais lentement, et ce qu’il vit ensuite le conforta dans cette décision. C'est lorsqu’il en fut à deux pas qu'il se rendit compte que l'insecte en question était en fait une petite grenouille verte. Malicieusement, le batracien ingénu l’avait probablement emprunté pour véhicule, lorsqu’il traversait le tunnel... Alors, Lucien se rappelant à vérifier ses arrières, il s'aperçut en le faisant que le passage avait disparu!

 

– Bon sang! Me voici bel et bien piégé...

– Hi, hi: fit la grenouille.

– Alors là! Voici que j’ai devant moi une grenouille qui parle! Aurais-je trop subi tout à l’heure, des pourtant rares rayonnements du soleil?

– Non, non... Tu es sain d’esprit. Et puis tu m'as bien entendu te prononcer des mots, fit encore la grenouille. Et elle se métamorphosa cette fois pour prendre l'aspect d'un lutin qui se montrait à peine plus haut qu'une délicieuse pomme d’août.

– De mieux en mieux! Voici donc qu’à présent j'hallucine...

– Non mon bon Lucien, tout ce que tu vois est vrai... En tout cas, ça l'est par ce côté-ci de ton monde à toi...

– Mais de quoi me parles-tu? Et puis: qui es-tu?

– Ah, c'est vrai, je l'avoue… Pris par le jeu que tu favorises, voilà que j'en ai oublié les présentations d'usage! Alors, sache que mon nom est Topiary, et que je suis le gardien de ce parc que tu violes en ce moment par ta seule présence. Et voici Yaspaeena la fée blanche.

 

Ce faisant, le petit Aven pointait du doigt une direction précise qui montrait l'intérieur des ruines.

 

– Te jouerais-tu encore une fois de moi heu... Topiary? Car vraiment, je ne vois rien d'autre dans cette direction que des pierres qui soient reconnaissables par leur réalité, car palpables.

– C'est qu'alors tu restes trop loin de l’endroit que je t'ai indiqué, car tu es un froussard! Et l'on dirait que tu ne sais guère regarder d'autres choses que celles qui se voient facilement dans le monde des trois dimensions matérielles.

– Voici que par deux fois tu as fait allusion au monde qui m’a fait tel que je suis... Que me caches-tu de si ambigu pour t'en amuser à mes dépens?

– Ah ! Mon pauvre Lucien, les pierres qu’il te conviendrait de déplacer ici sont autres que les nues des poètes. Va-t-il donc falloir que comme pour ton précédent karma, l’on t'apprenne à voir plus loin que ton regard d'humain?

– De quel "précédent" veux-tu parler?

– Si de lui, tu as hérité du courage, alors, peut-être iras-tu maintenant dans la direction que je t'ai indiquée... Ce qui revenant à dire que tu ne souhaites que le charme finisse. Mais que c'est sans savoir que cela ne peut se réaliser en te figeant sur place. Faisant de toi en son milieu, un Menhir monolithique!

– C'est bon, je viens...

 

Alors, Lucien se décida, mais en repensant à sa mère: Ashneene, l'incitant à plus de prudence. Il déplaça néanmoins quelques pierres. Puis il découvrit une ouverture. Alors sans savoir qu'il s’apprêtait à entrer dans la gueule du loup... il continua néanmoins de la dégager.

 



28/05/2017
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