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Le choix du poète.

Lucien n'avait pas choisi d'étudier la biologie par hasard. Il l'avait voulu intensément, par vocation ressentie. Ainsi, bien qu'au premier regard, il lui était facile de confirmer l'épouvantable état que la forêt d'alentour laissait voir, la nature qu’il s’imaginait bientôt voir revivre ici lui apparaissait au contraire aussi belle qu'une icône. Il s'en inspirait voluptueusement. Faisant croitre la complicité d’un vaste sentiment de quiétude qui le rendait propre à la méditation. En fait, l'endroit lui renvoyait l’embellie furtive qu'une image passagère imprimait sur la rétine de ses yeux, sans qu'il ne puisse s'expliquer comment ni pourquoi.

Alors, comme à l'accoutumée, il s'était assis à même le sol, juste au bout de la même langue de terrain vaguement caillouteux qui lui permettait de se trouver au plus près de l'eau noire. Laquelle se montrait à peine piquetée çà et là de restes végétatifs. Quoique tout de même distante de cinq bons mètres par rapport à lui. Il se plaisait à admirer le ballet ravissant d’une libellule que lui seul savait voir, quand quelques bulles d'air vicié montèrent depuis le fond vaseux. Elles allaient hésitantes et zigzagantes, comme des proies réticentes, avant de crever sitôt parvenues à la surface du liquide qui se voyait trop paisible pour être vrai. Et puis cela s'accentua. Jusqu'à produire un véritable bouillonnement qui attirait cette fois intensément le regard bleu du jeune poète, remplaçant du même coup son illusion d'optique par une autre de pseudo réalité.

 

– Celle-ci doit être de belle taille, se dit Lucien, s'attendant à voir émerger le dos d'une anguille probablement résolue comme lui, de prendre elle aussi un bain de soleil. Mais lorsqu'il lui sembla qu'autre chose faisait carrément se modifier le fond, alors il se leva d'un bond, puis il esquissa prudemment  plusieurs pas en arrière...

– Bon sang, reprit cette fois de pleine voix le jeune poète: qu'est-ce donc que cela?

 

Ce qu'il vit en premier lui fit d'abord penser qu'il s'était peut-être assoupi... Qu'il allait certainement se réveiller... Mais il se trouvait debout: et dans cette posture, tout état de somnolence était impensable! Et pourtant, ce qu'il voyait était à présent indéniable... Il s'agissait d'un buste de femme! Et quelle femme! Ravissante à en mourir d'amour! Aucunement maculée, ni par la lise, ou même l'eau stagnante.

Alors, il admit que sa mère avait raison, et que le don de voyance qu'avait son père faisait bien partie de son propre héritage génique à lui aussi...



26/03/2017
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