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WITHIN THE CONFINES... (suite 42)

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Éréthisme émotionnel

 

   Voici qu'aujourd'hui tout Castel Anatha est en état d'effervescence car la tension est à son comble… Cette situation inhabituelle ayant fait réponse à la nouvelle qui avait été confirmée au lever du jour à la manière glaciale d'un couperet fatal! Une Dame rouge avait détourné et dévoré un novice Athsérian!... Cela fut dit en premier à Erzeré alors qu'il inspectait la forêt aux abords du lac. Le dieu guerrier avait perçu en tout premier la présence d'un Pillywiggin. Malgré la taille minuscule de l'être, l'ange dieu guerrier n'avait pas manqué de remarquer que celui-là le suivait depuis un long  temps déjà. Alors il l'avait sommé de s'identifier et l'autre avait adressé un geste d'assentiment et repris son apparence habituelle. Celle qui le faisait à la fois petit homme et joli papillon, tout vêtu de pétales de roses et coiffé d'une clochette de muguet... Et puis l'elfe minuscule s'était posé délicatement sur son épaule et augmenté suffisamment sa taille pour approcher sa bouche au plus près de l'oreille du dieu guerrier, afin qu'il soit intimement entendu…

– Je ne t'ai pas vu lors de la grande réunion du peuple de la forêt pour le pacte, commença-t-il: c'est donc que tu n'y étais pas, mais je te connais par l'esprit comme servant de notre Reine. Alors je vais te révéler un secret. C'est quelque chose de grave! Ça s’est produit l'autre nuit, tandis que l'air embaumait le déclin du jour, et que le char de Phébus avait depuis longtemps quitté les cimes. Je butinais le nectar d'une renoncule lorsque l'homme est arrivé. Il était accompagné d'un grand démon aux yeux rayonnants pareils à de l'isotope radioactif… comme le bleu intense du cobalt, lorsqu'il colore du verre, et puis...

– Ce démon que tu as croisé était probablement ce traître de Belzéé, l'interrompit Erzeré.

– Probablement! Reprenait le minuscule elfe à la peau verte: en tout cas, le balourd n'avait en rien remarqué ma présence, pas plus que ma filature lorsque je me suis changé en grenouille pour les suivre jusque dans la grotte...

– J'ignore de quel endroit tu parles, peux-tu me le préciser?

– Tu le trouveras non loin d'ici. C'est l'un de ces passages maudits qui mènent aux entrailles de Gaïa...

– Enfin petit Pillywiggin, quand cesseras-tu de faire le mystérieux, car vois-tu, je me doute bien de quelque passage servant à cela, puisque la forêt n'est plus sûre. C'est d’ailleurs pourquoi je l'inspecte régulièrement, comme présentement, mais hélas sans succès. J'ai bien remarqué non loin d'ici le terril d'un grand renard dont la taille me semble hors du commun, mais je ne vois pas en quoi...

– Justement! Tu y es presque! Et d'ailleurs, ce renard est une mauvaise fée, une Dame noire qui aime à prendre cette apparence pour mieux surprendre les jeunes égarés qu'elle voudrait dévorer...

– Hum, ce n'est pas d'un conte de Perrault que j'ai besoin!

– Quel drôle de dieu tu fais... Ignorerais-tu aussi le chemin tunnel dans la vivante nature? Il s'agit pourtant d'un autre de ces passages qui font lien direct entre notre monde et celui des humains. Mais celui-là est bon, car il conduit à la clairière mythique…  et même jusque devant la porte de que la Lumière des Justes protège… et c'est bien par-là que passe quelquefois notre Reine Habygâ pour rencontrer Morganie...

– Soit, tu as raison, mais si j'ai quelque peu négligé mes rêves visionnaires d'information depuis celui fort cruel que je fis durant ma première nuit passée dans ma chambre au manoir de Gabryel, c’est que j'avais d'autres soucis.

– Alors, tu devrais savoir que passé le terril de quelque trois-cents pas en marchant vers le nord, il y a là un grand bosquet de houx.

– j'ai déjà vu ce fouillis inextricable porteur de baies rouge sang qui font penser à des yeux inquiétants qui seraient comme incrustés dans un rideau fait de lierre dont les racines se sont solidement ancrées au sommet d'une muraille de schiste rose et qui, tel une cascade de verdure, coule indifférent du vent.

– Cela est obtenu de nature vivante... c'est une sorte de grand filet de camouflage parfait qui cache un couloir, lequel s'enfonce profondément depuis l'entrée d’un plus grand passage. Et je peux te dire que seuls Belzéé et la Dame rouge, sinon que peut-être Habygâ ont le pouvoir de le commander pour qu'il s'écarte...

– Bon, s'agissant de Belzéé cela ne m'étonne guère qu'il revienne ici de temps en temps, mais de quelle Dame rouge veut-tu donc parler?

– Je veux te parler d'une mauvaise fée qui est adepte du côté rouge sombre... et ô combien ambitieuse et très cruelle! Je l'ai vue ouvrant sa robe écarlate pour offrir à la vue de l'homme novice un corps d'une parfaite Beauté, blanc comme presque la neige, et faisant sortilège érotique. De fait, l'homme fut aussitôt la proie d’un désir si fort qu’il s'approcha jusque contre elle... Pour faire l’amour... Et puis je l'ai vue, comme une mante religieuse, lui plonger une main entre les côtes pour dévorer en premier le cœur, tout en continuant de lacérer le pauvre corps humain de ses longues griffes pareilles à des rasoirs, jusqu'à ce qu'au petit matin il ne resta plus de lui qu'une peau vide et rêche...

– Diantre! Comme tu y vas!

– C'est pourtant l'horrible vérité! Et tu dois savoir que Belzéé est devenu l'amant de cette Dame sanguinaire. Il la rejoint régulièrement dans son antre, par la même porte dérobée située tout au fond, et s'ouvrant sur cette galerie maudite conduisant par le ventre pourri de la terre jusqu'au royaume enfoui de Satan...

… Erzeré en était là de son rapport à Gabryel quand Habygâ rentra enfin au manoir:

– Père, veuillez excuser mon retard. Comme à l'accoutumée, j'étais simplement allée de l'autre côté du lac pour m'entretenir mentalement avec le petit peuple, lorsque je vis émerger de l'eau noire une vouivre en parure de serpente. Celle-là me voyant fut si surprise qu'elle se raidit comme la corde tendue d'un arc!... Avant de replonger et disparaître.

– C'est étrange, enchérit Athénéïse: Topiary, le  petit Alven du parc, m'a confié qu'il avait  aperçu il y a peu, une fée Fausserolle. Laquelle cherchait à se cacher subrepticement parmi les ruines du vieux cabanon situées derrière le Manoir...

– Ces Fées déchues ne sont pas forcément dangereuses, lui précisa aussitôt Habygâ, mais tout comme leur visage et leur corps dont l'aspect est partagé en deux moitiés, l'une en horreur et l'autre en beauté, leur esprit peut osciller entre bonté et cruauté...

Le majordome qui les servait à table s’arrêta subitement dans sa tâche:

– Si vous me pardonnez cette hardiesse, dit-il en s’adressant à Habygâ, je dirai hélas, que c’est probablement le côté horrifique qui prévaut dans cette présence…

– Mon cher Henry, il n'y a pas de soucis, mais vous souhaiteriez peut-être que nous vous entendions en plus précis? Le questionna cette fois Gabryel, tandis qu’Erzeré les regardait quelque peu interdit, car s'attendant à entendre une information importante, dont seul un humain initié peut en avoir l'intuition.

–Mon Maître, Je pense pouvoir vous dire sans erreur qu’un démon se faufile la nuit dans le parc.

– Voudriez-vous dire que vous auriez constaté une présence dangereuse qui aurait su échapper à ma vigilance, lui demanda le dieu guerrier, constatant à ses dépens qu'il avait pensé juste.

– Hélas Monsieur, sauf votre respect: je le crains fort en effet, admit Henry.

– Cela est impossible, tente alors de l’en dissuader Habygâ: Erzeré est un dieu guerrier, il perçoit donc mieux que quiconque toutes les choses qui pourraient se révéler dangereuses.

– Pourtant Madame, il n’a peut-être pas vu venir cela…

– Mon cher Henry, lui adressa alors Athénéïse, je peux admettre ce que vous voulez exprimer sans blesser personne d'ici, car malgré mon changement physique radical, je suis restée psychologiquement plus humaine que Déesse. Alors il m’arrive de percevoir les choses autrement que mon mari. En l’occurrence, ce que vous dites éveille mon intérêt car mon intuition me dit que vous avez raison; ainsi je vous en prie, dites-moi ce que vous avez ressenti.

– Et bien voilà: il se trouve que depuis ma tendre enfance j’ai toujours aimé contempler les étoiles. C’est ainsi qu’il me plait encore de temps en temps de m'étendre la nuit sur l’herbe avenante du parc, afin d'admirer les belles filantes dans le ciel. Il m’arrive aussi de méditer quand je suis allongé ainsi, le corps parfaitement détendu, à la façon que m’ont enseignée autrefois Morganie et mon père. Il s'est donc produit une nuit que je m’étais cette fois tant extasié et éloigné du sol pour mieux communier, que mon corps en état de lévitation s’était confondu avec le banc de brouillard flottant de deux mètres au-dessus du lac, et qui lentement s'était constitué comme un doux matelas cotonneux cherchant à m'envelopper.

– Soit! L’interrompit Erzeré quelque peu impatient: j'admets que tu es loin d'être ignorant des choses paranormales, mais si tu as souhaité que nous t'écoutions, je présume que ce n'est pas uniquement pour parler des météorites qui brûlent en pénétrant les couches d'atmosphère, alors, qu’as-tu vu d’autre?

– Ce que j’ai vu en humain se perçoit plus qu’il n’est vraiment visible comme image, cela était davantage virtuel que réel, voire immatériel, et pourtant existant.

– J’y suis, exulta Erzeré: tu as vu un mirage!

– Alors ce mirage parlait, s’excusa confusément le majordome. Lequel faisant mine de s’en retourner à ses affaires... Et d’ajouter, pince-sans-rire, que le mirage s'était même présenté à la Fée Fausserolle sous le nom de Belzéé…

Cette fois, c'est toute l’assemblée qui parut interloquée, et ce mutisme soudain ne fut rompu que par le son mat du marteau sur la porte qui en retombant sur son socle de bronze les fit sursauter.

– Qui est là? S’enquérait aussitôt Henry.

– C’est moi: Morganie, et j’ai une révélation à vous faire au sujet de Belzéé…

– Nous savons cela répondirent les occupants tous en cœur, adressant un sourire complice à l'intention du majordome ravi, alors que tous savaient aussi par la même intuition que cette visite de la brune déesse aurait lieu; Ainsi la grande porte qui n'avait pas été verrouillée commençait à bouger... C'est ainsi que mu par la pensée collective, le lourd battant de vieux chêne s’ouvrit effectivement sur la marraine guerrière. Faisant du même coup s’engouffrer la lumière du jour avec elle entrant par le long hall qui desservait les pièces principales du manoir.

– Bonjour!...

– Bien à toi Morganie, et merci d’avoir répondu si vite à ma pensée télépathique.

– C’est que, cher Erzeré je passais par là quand vous m’avez sollicitée, et j’ai donc aussitôt pris par les airs…

– Hem, je constate que vous m'avez bluffé... Mais j'avoue l'avoir mérité, admit Henry.

– Vous êtes beau joueur et cela me plait! Et puis veuillez excuser mon ironie à la fois feinte et surprise, puisque vous aviez raison à propos de Belzéé, et je vous en sais gré, car en cela il ne fait aucun doute que vous servirez certainement encore longtemps cette maison.

– La défenderesse de ma fille est une guerrière zélée, intervint Gabryel, je sais que ce qu’elle souhaite nous dire est de grande importance, alors écoutons-la.

– Et bien voilà: vous savez Gabryel, que j’ai provoqué récemment la Dame rouge qui renseigne Belzéé son amant, et que l’imbue, se croyant forte, est tombée dans le piège tendu par mes amies sorcières.

– Je sais cela en effet, car comme vous, les anges dieux savent tout ce qui peut s’avérer d’importance à leur niveau. Je présume que vous en avez tout de même obtenu quelques renseignements qui nous furent inaudibles.

– C’est exact, car, si la Lumière des Justes protège ma clairière en son monde parallèle, et aussi, mais en moindre effet votre propriété contre les méfaits de ce dieu belliqueux: il se trouve qu'elle gêne aussi le passage des ondes pour les êtres dieux de clarté dont vous êtes, avec Erzeré, et c’est-ce qui explique en partie pourquoi vous n’avez pas repéré l’intrusion de Belzéé qui du reste, finira par entrer jusque dans votre chambre en traversant les murs si vous ne faites rien pour l'en empêcher!

– Enfin Morganie…Ce démon certes à jadis servi notre dieu à tous, mais il a été répudié et chassé du royaume de la lumière, alors comment expliquez-vous…

– Prince Gabryel… Cela peut déconcerter, cependant il se trouve que comme moi, mais à l'inverse, il a conservé une partie de la déité des anges guerriers dans son être après qu’il tomba sur la Terre.

– Alors, dites-nous...

– J’y arrive: vous souvenez-vous, mon cher Henry, de l’urne d’argent?

– J’ai en effet mémorisé l’image de ces minuscules croissants de lune emprisonnés dans des bulles de lumière cristalline. Elles se montraient fort capables de monter vers le ciel, dès qu’on soulevait le couvercle d'aigue-marine qui les retient ainsi  prisonnières…

– Et bien je ne suis pas la seule à en posséder.

– Enfin, interjetait Gabryel, ce ne sont là que de vagues assemblages de particules dérobées à la lune, des objets constitués de molécules incapables de servir en l'état pour l'assemblage de cristal vivant, et encore moins, un globule céleste de transport qui serait comparable à cette sphère qui me fut donnée par mon père, et puis rien d’autre ne saurait… Ah! Mais ça y est! J’y suis!

– C’est cela Monsieur! Belzéé et Satan sont une même personne et de surcroit, divisible en deux entités complémentaires, mais qui peuvent se révéler contraires, exactement comme la Fausserolle. Sauf que cela ne se voit pas. Car l'aspect de l'archange déchu se modifie entièrement: selon ce qu'il lui convient de paraître des deux. Et puis s’il a perdu ses ailes, en revanche, il se trouve qu’il a acquis de grands pouvoirs dérobés à Gaïa, et dont L'HOMBRE ferait bien de se méfier s'il prenait soudain l'idée à son complice de se retourner contre lui. D’ailleurs, et à force de fouiller les entrailles de la Terre, il y a trouvé une gemme aux étranges pouvoirs. Puis il a eu l'idée de la faire pénétrer dans une de ses bulles sélènes. Comme moi j'ai mis des bijoux à l'intérieur des miennes... Ainsi, par son assemblage à lui, Belzéé a fini par créer un quartz graphité qui a la particularité de détourner nos ondes mentales. L'objet, non seulement semble capable de brouiller momentanément nos propres échanges télépathiques, mais il se trouverait qu'il parviendrait aussi à les utiliser à son profit, comme s'il vous les dérobait pour un temps! Et je pense que plus il se rapprochera de vous, plus l'efficacité de sa trouvaille deviendra opérationnelle...

– Et c’est ainsi qu’il a échappé à ma vigilance! S’exclame Erzeré confus.

 

La révélation était d'importance, car ainsi, ce démon démontrait au-delà de sa puissance, qu’il était capable non seulement de mener un combat victorieux contre un dieu guerrier tel qu’Erzeré, mais qu'en plus, il pouvait être bien plus dangereux en stratégie qu’il n’y paraissait de prime abord! Et même L’HOMBRE ferait bien en effet de se méfier de lui, comme le disait Morganie: un tel allié est fort capable de le bluffer… Alors, il convenait de revoir plus sérieusement la protection du Manoir, car il s'avéra très vite après cela que Belzéé, non content de détourner ou tuer des êtres du lac, les remplaçait par des entités ignobles et visqueuses, à l’image de cette Fausserolle qui fut aperçue par Topiary le petit Alven du parc de Castel Anatha, ou encore, s'agissant de cette Vouivre vue le matin même par Habygâ. Et puis l'archange déchu se sentant moins épié par son créateur, probablement occupé ailleurs, allait sans aucun doute reprendre ses attaques: puisqu'il obtenait des alliances! Peut-être même que comme ce novice Athsérian qui le paya de sa vie, il en trouverait d'autres au sein même des habitants du village pour le renseigner. D'ailleurs, il avait même presque réussi, quelques soirs plus tard, à mettre en péril jusque près de sa demeure la déesse Morganie. S’assurant pour cela, le soutien complice de quelques sorcières renégates, qui trompèrent alors la chasseresse…



26/08/2016
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