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Within the confines of the réal ( Suite 26 )

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L'Entité

 

   Depuis qu’elle l’avait vu pratiquer sa séance paranormale, l'épouse de Lucien craignait beaucoup pour son mari. Elle le savait magnétiseur barreur, mais cette fois, ce qui avait transité par lui était à l’image d’une entité qui le dépassait en esprit. Mais elle aurait beau faire: le karma du poète le destinait inéluctablement à suivre la trajectoire de son étoile natale. Il fallait bien se rendre à cette évidence, les astres l’entrainaient inexorablement vers un espace qui était trop grand pour recevoir un simple humain. Alors elle savait qu’en suivant un tel labyrinthe de pensées, il finirait par se perdre lui-même. Pourtant, ce jour où aidé de son épouse et de leur amie il avait ouvert les bouteilles de champagne qu’il avait apportées pour fêter la réussite d'une première réunion associative, laquelle était destinée à exposer les sujets du premier tapuscrit d’une épopée s'étalant sur trois époques et qu'il avait provisoirement intitulé « Déité & Féérie », il s'était trouvé que  le charisme sympathique des invités qui passèrent la porte du café tout au long de la journée lui avait redonné foi en l’avenir. Et puis, quand la première série de livres concernant l'époque "1" fut imprimée quelques mois après, c'est en catimini qu'ils avaient cette fois osé ouvrir « la grande bouteille de champagne millésimé ». Celle d’un litre et demi qui, exposée chez un caviste de Reims, coutait très cher.

Lucien se l’était procurée pour célébrer ce moment d'exception. Ils s'étaient alors régalés comme des fêtards religieux. Ils avaient ri. Ils avaient chanté. Et même pleuré de joie.

Ils avaient aussi récité ensemble quelques poèmes d'amour qu'ils avaient lus dans un livret de Lucien. Comme possédés par l'inspiration, ils ne semblaient pas devoir s'arrêter. Et puis Lucien, prenant la parole, s’était fait plus solennel…

 

– Toi qui dans ton temps marche pénétré par trop de pluie: sache que le sentier de ta vie se dessine comme des lignes dans la main et qu'alors, tu y verras tôt ou tard une « patte d'oie » ouvrant la trace qui barrera ton destin... Oui, nous avons bien une Dame de lumière ou un Ange Bleu qui veille sur nous. L’essentiel étant de n’en répudier aucun. Certains l'appellent conscience. Tandis que d'autres la nommeront Marie… ou bien seigneur. D’autres icônes la désigneront par d'autres noms encore. Ce qui importe, c'est avant tout de ne jamais désespérer. Si vous choisissez d'aller vers le soleil: la lumière laissera votre ombre trainer derrière vous. Un peu comme le sillage mouvant d'un fier bateau dont le voyage émeut l'illusion. Mais si vous préférez, avec l'âme en naufrage, de ne rien tenter d'aventure qui se risque, alors vos rêves d'enfant se noieront dans un lac d'indifférence, où même l'eau noire, sombrera aspirée à son tour par le gouffre de l'intolérance...

La vie est un cadeau du Ciel. L'amour sous toutes ses formes en est à la fois génitrice et géniteur. Alors aimons! Aimons-nous les uns les autres, et à nous tous, nous ferons que nous nous retrouverons au-delà de la mort,  dans la douceur et la clarté du jardin d'Éden ...

– Comme te voilà bien sombre mon mari, lança soudain Colette.

À cet instant, il leur sembla bien que quelque nouvelle entité influençât encore le comportement de Lucien. Sans rien dire, il les invita d’un geste à passer au salon: endroit qu'il jugeait probablement plus intime et propice à une autre démonstration de ses capacités paranormales...

– Oh! firent ensemble les deux femmes.

Il se trouvait en fait, que les volets de la pièce, non artificiellement éclairée, laissaient néanmoins entrer suffisamment de lumière tamisée pour que  chacun reste visible, et que la luminescence de ce qui trônait au centre d'une table basse se  voit aussi...

La première question fut posée par Colette :

– Lucien... Qu'as-tu encore imaginé?

– Je sais ce que vous ressentez car j'en ai fait l'expérience moi-même.

– C'est bizarre avait dit Gladys... Mais la pendule semble détraquée car voici que les aiguilles vont à contre temps. Et puis ma montre s'est arrêtée... Serait-ce encore un des sortilèges magnétiques dont tu as le secret... Et voilà que non content de sa magie latente, ton caillou se met à briller de plus en plus!

– Je vous accorde que l'objet contient probablement quelque chose comme du phosphore, mais qui au lieu d'être jaune-verdâtre, diffuse une onde de lumière bleue. Et ce n'est pas tout, car je vais vous faire participer à une autre expérience… Si vous voulez bien, et pour ce faire Mesdames, vous devrez, vous lever et me rejoindre de ce côté-ci de la kitchenette. Nous y ferons face au mur qui nous est directement opposé, mais en laissant entre lui et nous la table et le quartz…. Ainsi je vous promets une belle surprise. Surtout soyez attentives! Je vous demanderai le moment venu de ne plus bouger, ni de souffler mot, quoi que vous voyiez.

– Il est vrai qu'avec toi il faut s'attendre à tout! dit Colette quelque peu inquiète.

– Pour sûr! Émit à son tour Gladys, ce n'est pas pour rien que certains lui prêtent des dons très particuliers.

– Je vous en prie les filles! J'ai juste de l'intuition. Et puis, je crois moins à la voyance qu'à la perception mentale et sensorielle. C'est d'ailleurs par cela que j'ai découvert ce que vous allez voir si vous me laissez faire. Et surtout ne dites plus rien durant cette expérience… À présent laissez-moi opérer… Vous êtes comme moi détendues… vous chassez toute pensée qui serait négative, vos paupières s’alourdissent, vous ne résistez pas. Accoutumez-vous au vide total en fermant les yeux... voilà c'est cela... Vous êtes bien, c'est comme si vous alliez côtoyer le nirvana, sans aucune aide substitutive... Rappelez-vous maintenant une fée qui berça autrefois vos rêves d'enfance... À présent vous régressez dans le temps, vous êtes des enfants... Voilà… c'est bien, nous sommes maintenant vous et moi au bord du lac, mais vous ne me voyez pas... Vous cueillez des fleurs sauvages... Il y a un frôlement que vous percevez non loin de vous… dans les fougères... Elle est là qui vous sourit... Vous faites silence, pour ne pas l'effaroucher!… Maintenant ouvrez les yeux et serrez vos lèvres. Voyez l'intense lumière qui jaillit du quartz: simultanément elle projette une silhouette bleue... C'est une femme... Elle est superbe…

 

–  Ça alors, mais c'est...

 

Hélas, les voix non maitrisées de Colette et Gladys eurent pour effet immédiat de rompre le  charme  hypnotique. Alors la silhouette disparut en même temps que le quartz reprenait sa très faible luminescence originelle.

 

– Eh bien oui mesdames, leur précisa Lucien bienveillant: c'était bien la Dame bleue de vos rêves qui se manifestait par l’énergie du quartz... Mais en parlant, vous avez contrarié la propriété attachée à l'espèce fondamentale. Cela fermant du coup la fenêtre intemporelle qui vous permettait de la voir!

 

*

 

Les espoirs méprisés font songe délirant

À l’esprit révolté, le tableau triomphant…

Quand toute difficulté deviendra chimère :

En tuant nos ennuis, nous quitterons la terre.

 

Et pour l’amour du ciel, glisseront survolant

De bien sublimes jours, en leurs commencements…

Nous sommes des amants sacrilèges des sens,

Des anges vétérans, pour Elfes indécents.

 

Inanna, fille d’Ishkur, est à la fois Déesse de l’étoile Vénus et titulaire d’Uruk...

 

Dumuzi emporte d’Inanna le corps nu,

Monte, septième miel, et fait l’amour aux nues:

L'or le pauvre berger s'élève en magnifique,

Il croit que son beau rêve n’est plus utopique.

 

L’amour à pareille image nous donne tant parfois force d’ailes que le rêve nous peut rendre sublimes…

Là-haut!

 

Superbe volupté dans cet ébat charnel,

Loin des villes enchâssées Uruk est au ciel!

Le voici s’envolant pour rejoindre l’éther…

 

Mais l'union le tue, car dans un tournoiement

Il chute vers Gaïa, et comme foudroiement

Tel un astre au couchant… disparait sous la terre.

 

 

 

   Il en va presque toujours ainsi des choses de la vie pour qui sait les distinguer autrement que dans la seule apparence matérielle. L'on peut concevoir ainsi l'idée de la fragmentation d’une entité-esprit suprême, qui tel un soleil insufflé aurait fini par se désintégrer… Ou bien s’avérant autrement mais toujours titanesque par le résultat volontaire, sinon que récurant, d’un « Bigbang » incommensurable qui aurait du coup disséminé partout  la  lumière et se  serait alors obtenu fusionné autant au cœur de la matière qu’à la périphérie de l’antimatière. Cela jusqu’à obtenir ce que nous voyons de l’univers... Ce pourrait aider à expliquer, poétiquement au moins, la thèse faisant songer que nous nous sommes peut-être constitués à l’image de ces dieux que d'aucuns s’imaginent comme nous sinon par nous: faits de particules de matière animées de par l’esprit intelligent qui en émergea. Le tout étant venu de l’ombre et de la lumière en parts égales. Cela se créant un peu comme l’amour charnel qui réunit naturellement femme et homme… pour que de la matière finisse par s'animer dans des orages-berceaux magnétiques, d'abord sous la forme cellulaire, jusqu'à produire et perpétuer des animalcules, qui à force d’évoluer se sont dotés de différents corps aux pouvoirs complexes. Cela devenant capable soit de s'éterniser, soit de se féconder pour se multiplier infiniment par division cellulaire. Tandis que de l’autre amour, celui spirituel venant du Cosmos, serait né le bâtisseur bienveillant. Par bonne volonté créatrice en lumière qui se doit sur la terre, tentant à présent mais en vain d'unir les peuples, en les aidant à vaincre et écarter toute possibilité de prolifération des ombres malsaines. Réussissant même, mais ailleurs, à en rendre quelques-uns croyants au bénéfice possible de l’apogée. Ceci afin que s’obtienne une autre lignée qui se montrerait capable à son tour d’aider les plus démunis…

Hélas, depuis qu’ils sont. Beaucoup trop des humains font tout pour se créer des suprématies. S'attardant des richesses personnelles imbéciles, car éphémères. Créant, alors ce qui ne devrait pas être… Un véritable enfer à la surface de la Terre  pendant que d’autres, incrédules, se l’imaginent encore situé dans des entrailles terrestres malsaines.

 

   En agissant contre l’Amour créateur des dieux de lumière, les férocités animales des hommes font sévices partout sur notre planète. Des foyers de haine massacrante, mêlés à de la peur atroce, sont entretenus par des menteurs meneurs d’équidés humains manipulés. Et puisque de tous les grands fauves, l’homme est certainement devenu le prédateur le plus féroce. Alors on peut penser qu'il n’y a pas de raison pour que cela cesse… Quelle que soit notre histoire de vie, même si Lucien doit créer de sa plume des déifiés subalternes, des êtres d'amour, et qui seraient fort utiles au regard de l’immensité cosmique qui lui apparait ingérable par un seul Grand Esprit: souhaitons ardemment qu'au moins un dieu suprême existe tout de même à l'image de notre entendement. Et faisons de chaque instant de notre vie ce qu’il faut afin qu'il ne finisse jamais par carrément nous abandonner!

 



18/05/2016
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