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Within the confines of the réal ( Suite 21 )

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13

 

Vois-tu cette mouvance sur le sable brûlant?

 

 

Âmes pures, la rustique existence est innée.

Et si l’idiosyncrasie d'homme est l'égoïsme :

L'autre sage fuira l'honneur d’un monde bourbier

Pour le sien : né métaphorique en gongorisme.

 

À la croisée des chemins…

Le Ciel et les flammes.

 

À la croisée de tes chemins figure ton destin...

Ce mirage n'est peut-être que vent corindon?

 

 

   Tel un cinglant mais banal tourbillon de l'espace-temps. Bien moins que le souffle chaleureux d'une poétesse chamane. Il se complait trublion à mieux brouiller sur une carte imaginée, d’insondables horizons qui secrètent des miracles enchantés. Ceux-là serviront la très glorieuse jubilation d'un dieu sorcier ! Vraisemblablement alors, celui-là qui vient d'un monde interlope s'engagera à le partager. Il usera pour cela d'arcanes. Elles témoigneront de ce qu'il se peut que nous côtoierons durant la transe transcendantale...

 

*

Juchée là-haut sur un empilement de fagots, la suppliciée avait tant maudit qu’il ne lui restait presque plus de voix. Et puis à quoi bon cracher en vain sa haine à la face de la populace insolente, puisque de toute façon la fin de son calvaire était proche. D'ailleurs, ces hommes en robe de bure ne se disaient-ils les serviteurs d'un messie juif? Lequel fut crucifié sur la demande plus qu'insistance d’autres prêtres... Ceux-là l’ayant eux-mêmes condamné à mort. Ils auraient, disent les livres, insisté auprès d'un certain Pilate, mandaté par César pour faire appliquer une sentence dont il voulut se laver les mains… Sachant aussi que pour d’autres ecclésiastiques qui, mil ans plus tard, ont développé leur religion en l’asseyant au besoin sur des mythes pour mieux convaincre, il s'en est trouvé parmi-eux quelques-uns d'extrémistes. C'est ainsi que d'autres après se sont faits à leur tour aussi cruels que les premiers. Afin d’imposer de force leur propre politique religieuse à leurs nouveaux croyants. Alors il est à parier que quelques historiens agnostiques, pourraient en déduire qu'ils ne se comportaient guère autrement que ceux qu'ils avaient pourtant pris pour habitude radicale de condamner à mort sans appel. Ainsi d'aucuns s'apprêtaient comme il est dit. Ils allaient user de la même barbarie que ceux qu’ils récusaient. Agissant cette fois contre une femme. Ils lui avaient jeté la pierre parce qu'elle concevait de servir la déité d’une manière différenciée de la leur... de fait elle ne pouvait-être qu'impie. Ils en avaient eux-mêmes décidé d'emblée. À la place et au nom de celui qu'ils nommaient leur Seigneur. Après un procès bâclé ressemblant étrangement à celui que subit en son existence un certain Galileo Galilei: on avait donc accusé la femme brune d’hérésie, et même de sorcellerie. Puis, devant son obstination à ne pas abjurer, ils l'avaient condamnée à être brûlée vive en place publique ! Et c'est ce qu'ils entreprenaient de faire.

 

Sur l'estrade installée  au beau milieu de la place du bourg, on avait ligoté la condamnée de façon qu'elle soit immobilisée le dos appuyé  contre un poteau de bois rêche. On l'avait ainsi laissée. Pour qu'elle en souffre longtemps. Montrée et crachée comme une voleuse. Exposée aux yeux de tous ces furieux curieux et malsains. Pour que l'exemple fasse image imprégnée du propre démon de chacun! On avait même écrit "sorcière" sur un papier de chiffon griffonné par une plume plus démoniaque encore... Et on avait cloué cela au-dessus d'elle. À présent le bourreau l'avait laissée là. Tandis qu'en bas il commandait à trois hommes munis de torches allumées qu'ils avaient d'abord enduites de poix. Il convenait de transmettre la flamme la plus ardente possible au  tas de branchages et de fagots qu'on avait bien disposés. Tandis qu'à l'entour, se montrant difficile à contenir par les soldats: une foule assassine hurlait sa propre bêtise. D'aucuns faisant montre d'une hystérie peuplée de rancœur collective absolument imbécile, alors que pour d'autres encore, l’on percevait même quelque impatience abominable à voir périr au plus tôt Morganie…

 

Ce fut juste à ce moment où l'on pouvait croire que tout allait s'embraser, qu’il leur était pourtant signifié que pour cette fois le ciel semblait ne pas être entièrement d’accord avec la populace…

 

Tout était allé très vite. On avait pu voir en premier s'amonceler d'imposants cumulo-nimbus. D'abord aux alentours de la ville. Puis, petit à petit, l'inquiétante noirceur avait grandi au point d'obscurcir tout le ciel. Après quoi se contractant, elle se concentra enfin juste au-dessus de la place où se trouvait le bûcher allumé. Et c'est alors que s'entendit une voix qui semblait venir de partout. Cela se disait  visiblement courroucé par l'acte annoncé. Voyant cela, les gens pensèrent que probablement il fallait s'attendre à l’intervention de quelque entité démoniaque. Que seule une diablerie invoquée par la sorcière pouvait agir de la sorte sur les nues qui s'étaient amoncelées.

De fait, le ciel se mit soudain à cracher de l'eau avec la violence d'un ouragan! Il y eut des éclairs si furieux que cela déclencha une belle pagaille. L’on vit fuir en tous sens les spectateurs apeurés. À n'en rien d'autre douter, il ne pouvait s'agir là que d'une force satanique. La vague de débandade les montrait même si épouvantés, qu'il leur suffit de peu de temps et de quelques corps faibles à piétiner pour abandonner une place devenue bourbier. L'on n'y distinguait plus guère le bûcher qu'au travers d'un lourd rideau de pluie. Quand l'endroit du supplice fut complètement déserté. Que même la garde s'était prudemment repliée. Alors que le bourreau semblait aussi roide que si un éclair l'avait pétrifié sur place. Les yeux clairs de la brune suppliciée se voyaient à présent grands ouverts. Mais ils étaient tant mouillés d'eau de ciel mêlée à ses larmes jubilatoires, que l'ange salvateur qui se rapprochait de Morganie ne lui apparaissait pas dans sa réalité. Sinon que sous l'apparence d'une icône si floue qu'elle n'en fut vraiment renseignée que lorsqu'il fut là devant elle, presque à la toucher… Sublime entité. Véritable diffusion de paix intérieure. L'être était beau comme un dieu de l'Olympe qui serait descendu jusqu'à elle! Tandis que plus bas, tel un ver pénitent, un homme en robe de bure se prosternait maintenant dans la boue…

 

– Je sais qui tu es…, dit la voix s'adressant à la femme brune...

 

Interloquée car l'esprit encore embrumé. Attendu aussi que probablement sa faculté de voir l'autre monde était restée en vadrouille, alors qu'on l'avait enfermée quelque part, dans une geôle puante, l'âme égarée peut-être à jamais dans de la paille infecte qu'on avait laissé se décomposer entre quatre murs suintants l'urine, et contre lesquels cliquetaient des fers lourdement oxydés… Encore torturée par l’image imprimée de l'incarcération qu'elle avait quittée de peu, Morganie le dévisagea longtemps sans que son cerveau hypnotisé ne sache la renseigner. Elle le percevait comme une interrogation qui se termine par un point incrédule. Finalement, elle se surprit à lui répondre d'une manière qu'elle aurait souhaité plus appliquée qu'automatique:

 

– Et comment saurais-tu qui je suis, alors que moi, je ne te connais et encore moins te vois! Et puis, dis-moi par quel sortilège t’es-tu constitué pour être là?... Et cet orage! Comment as-tu fait pour qu'il vienne avec toi?

– Ton nom est Morganie. Et c'est la souffrance qui t'a aveuglée.

– Si fait! Car ça je le sais! Mais toi qui éludes ma question, qui donc es-tu?

– Ce lieu n’est pas propice à la conversation: viens!

 

L’être qui se trouvait debout devant elle irradiait la lumière. Son visage, encadré d'une longue chevelure blonde, respirait la bonté. Pourtant, la seule chose qui au début fut matériellement visible par tous les autres se trouvait autour de lui. C'était une sphère entièrement transparente. Elle s'adaptait en taille et position au moindre de ses mouvements. Telle une combinaison spatiale. Mais qui serait à la fois vivante et spacieuse. Cela semblait apte à le protéger de tout. Sauf peut-être de certains regards à la diable aussitôt qu'il en fut sorti! Des yeux brûlants comme les flammes d'un certain bûcher assassin. Inquisiteurs en même temps qu’affolés. Car maladroitement observateurs de sa mise en image volontaire. C'est à ce moment-là que peut-être quelques actions hagardes auraient pu se mener après coup de soldats moins couards que les autres. Leur capitaine se devinant chuchotant tapis dans l'ombre d'une ruelle proche. Mais ils n'étaient pas assez courageux pour quitter l'assentiment noir, qui de toute façon se jouait de leurs précarités habituées. Alors c'était peut-être pour leur montrer l'exemple à suivre que Gabryel était sortit du globule de lumière tutélaire, puis il avait concentré son esprit tout en ouvrant  sa main gauche, paume levée en l'air, à l'horizontale, les doigts joints dirigés vers Morganie: et les liens qui la retenaient se rompirent... La pressentant physiquement vaincue par l’épuisement, et afin qu'elle n’aille probablement s’affaler sur le plancher rudimentaire et précaire, Gabryel la recueillit promptement, lui offrant l'assise généreuse de ses puissants avant-bras... Puis il fit avec elle quelques pas en arrière,  jusqu'à rentrer dans la sphère qui s’éleva aussitôt d'au moins cinq cents pieds: les emportant tous deux vers le ciel.

 

*

   À la manière des ombres lorsqu'elles sont affichées sur les murs chaulés: des Spectres délétères se détachèrent peu à peu des maisons dont la couverture de chaume servant de toit, dégoulinait encore d'eau de pluie. Les moins pleutres, qui de la foule incrédule, s’étaient cependant agglutinés dans les plus proches venelles des rues étroites, commençaient tout de même à refluer vers la place par petits groupes. Les écoulements saturés charriaient l’eau comme autant de rus sauvagement emboués. Mais chacun qui regardait à nouveau le ciel, vit alors comme calqué décalcomanie, glissant des nues rassérénées, le dessin d'un étrange cheval étonnamment blanc… L’animal, que leurs yeux affabulés constataient pourtant en vrai, était pourvu d’ailes emplumées. Elles battaient assez peu, mais avec bien plus d'envergure et belle prépotence dans leur mouvement que celles qu'ils reconnaissaient pourtant déjà puissantes et redoutables, des grands aigles majestueux gîtant dans les hautes aires des montagnes... Pourtant, ce qu'ils prirent en premier pour une chimère faite de nuages était en fait un cheval-fée. Il se plaça face à la sphère dont la taille s’adaptait déjà pour le recevoir. Cela s’ouvrait ostensiblement, afin que l'animal puisse prendre place, juste sous son maître qui s'y trouvait en position de lévitation. Gabryel installa sa protégée devant lui, l'aidant même à s'assoir en amazone à la naissance de la somptueuse crinière couleur de neige. Après que le vivant sphéroïde de lumière se fut adapté jusqu'à pouvoir totalement englober les trois êtres, l'ensemble s'éleva encore de mille pas. Puis cela sembla hésiter une seconde. Avant de fuser vers un arc-en-ciel qui venait de se constituer, telle une arche d'alliance, et au sein de laquelle bulle et trio disparurent dans un éclat de lumière irisée…

 

*

 

   Durant l'étrange équipée, il avait semblé à Morganie qu’elle changeait d’époque et de vie. Bien que la température à l'intérieur du vaisseau vivant fût restée clémente, elle se mit à grelotter nerveusement. Elle ne savait pas que cette réaction était l'amorce d'étranges modifications. Lorsqu'elle put constater que les plaies qui avaient stigmatisé son corps durant  le long supplice de son interrogatoire, cessaient peu à peu de la faire souffrir: incrédule elle regarda ses mains. Elle vit avec stupéfaction qu’elles ne portaient plus aucune trace des barbaries qu’elles avaient pourtant longuement et douloureusement endurées. La demi-Fée prêtresse avait pourtant beaucoup perdu de ses dons et autres pouvoirs occultes. Cela sans aucun doute, à cause d'avoir été si longuement soumise à la question par ce moine pervers qui la convoitait. Lequel, malgré son sacerdoce ecclésiastique, s'était laissé gagner par le désir charnel. Bien que se déclarant innocent du fait. Notamment par l’évocation de fausses connivences. S'arrangeant à sa manière du pêché de chair qu'il s'apprêtait à commettre en raison d'un malentendu venant de lui seul. Tout avait commencé parce que, le pensant proche d'épouser sa doctrine, Morganie l'avait certes embrassé sur les lèvres. Mais symboliquement, comme le font les prêtresses garantes de la Lumière d'Ardvina, lorsqu’il s’agit de consacrer l'adepte novice. Se méprenant sur des intentions qui n'avaient rien du désir sexuel, le moine s'était épris d'elle à tort. Il avait mal supporté ensuite le refus de Morganie d'être à lui. Alors qu'il la croyait acquise. En bon perverti, faisant faussement pénitence, car mettant à profit le raisonnement de l'ego qui le rongeait, le religieux avait finalement choisi de la calomnier à un point qui fit que la Reine de Fées qui jugeait à tort la doctrine de la prêtresse trop humaine, car proche de celle charnelle en prit ombrage. Morganie fut donc bannie de sa forêt, et par cette décision elle avait été démunie d'une partie de sa force d'amour spirituel…. Mais ce moine inquisiteur s'était tant servi à sa manière du mauvais code des jugements religieux d'alors qu'il s'y trompa lui-même. Mais il sut montrer l'aisance qui suffit à s'en justifier devant son supérieur. Parvenant à la faire emprisonner sur l'ordre régent, il savait que par l’ignoble stratagème, Morganie n’appartiendrait jamais plus à personne sinon que peut-être... Si elle acceptait de se donner à lui… Contre sa promesse de la faire libérer… Mais l'obstination cruelle de cet homme avait fini par entraîner l'objet de sa convoitise à être jugée, puis condamnée par l'intolérance cruelle d'un tribunal de religieux encore plus obscurs que lui, et qui la destina à périr sur le bûcher, tel qu'elle fut, puisqu'ils en étaient persuadés: une sorcière païenne...

  

   C’était pourtant une entité vivante, descendue par le juste ciel seigneurial qui l’avait sauvée! Il n’empêche que Morganie n’oublierait jamais ces flammes qui jaillissaient autour d’elle, et qui commençaient à monter vers ses pieds. Elle n'effacerait pas moins de sa mémoire, cette foule de manants hystériques et cruels. Hurlant sa frénésie destructrice. Et avouant du même coup, sa connivence à la perdre encore plus.

Morganie se remémorait la scène: cela s’était passé juste avant que ne fondît sur eux la déferlante orageuse. Les nues en leur colère avaient déversé d'un seul coup leurs eaux furieuses. Avec la même violence que montraient ces manants, c'est une pluie torrentielle s’était alors abattue en précipitation glacée. Noyant les êtres affolés se trouvant en dessous. Faisant force, et à tel point, qu'on l'aurait pensée s'acharnant à les fondre pour les réintégrer au sol! Jusqu'à les traiter en sujets bâclés d'une maudite conception de fresque aquarelle. Il eut été pensable, à cette occasion, de les imaginer se diluant comme terre d'ombre. Pour mieux sans doute. Effacer ces êtres immondes, issus d’un monde qu’il convenait de lessiver à fond pour le purifier. Cette réminiscence de déluge les ramenait à s'imaginer pour début celui que vécut Noé le patriarche à l'arche. Il convenait même peut-être de pouvoir noyer à cette occasion, une grande partie de l’enfer que ces minorités corrompues avaient fini par créer eux-mêmes, à force de l'avoir tant évoqué à l'encontre d'une condamnée qu'ils pensaient mauvaise en vierge noire. Alors qu'au contraire, elle était fée immaculée. Et puis il y avait eu ce silence. Aussi pesant et froid qu'une pierre tombale. C’était exactement quand la lumière éblouissante est apparue par le ciel, au sortir d’un dernier jet de foudre… On l'avait vue se poser juste après. Comme une abeille sur la fleur qu'elle s'apprête à butiner. Juste devant Morganie. Tandis que la foule effrayée s’en écartait…

Oh oui ! La demi-Fée prêtresse Athsériane se souvenait de tout ! Elle y pensait davantage qu'à l’idée d’avoir connu le secours d'un ange. Bien qu'elle n'exclue pas que Gabryel fut peut-être un archange… Un dieu même! Puisque tout droit venu de la grande voûte céleste pour la sauver…

 

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25/04/2016
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