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Within the confines of the réal ( Suite 13 )

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7

 

   Soufflant de quelque part… dans sa tête… un vent tourbillonnant déchiquetait la brume, tandis que furieux d'être dérangés, des nuages ombrageux fuyaient vers le sud… Ce ciel pensé lui semblait pareil à un bas noir lacéré. Des déferlantes électriques se fracassaient sur des falaises neuronales. Leurs crêtes mousseuses déposaient une écume livide sur ce qu’il restait d’étendues vallonnées jonchées de détritus sanguinolents. Un grand albatros tournoya un moment, cherchant désespérément son nid emporté par un éboulis d'incertitudes…

 

– Lucien... «Du schläfst? »

 

Le potache Lucien était un être au cœur candide. Pareil à ces cinglés qui s'imaginent naïvement que le fait de donner sans compter entraine forcément la même spontanéité chez qui reçoit; et puis il aimait à regarder vibrer les molécules de lumière, quand elles se dessinaient en un mince trait qu'il voyait autour de certaines silhouettes. Plus précisément, il s'agissait de celles et ceux des êtres qu'il percevait le mieux. Mais il ignorait pourquoi ils étaient si peu nombreux à montrer cette apparence. Il se demandait aussi parfois pour quelle raison le regard de ces gens d’exception devenait incrédule, lorsqu'il leur parlait de la couleur qui nimbait l’esquisse de leur corps.  Le poète pensant, à tort peut-être, qu'eux-mêmes la « voyaient » comme lui. Et puis il y avait cette manie du voyage par la pensée…

 

– Lucien !?

 

L'homme était juché sur son estrade. Il agissait comme s’il commandait du haut d’un échafaud. Assortie d’un timbre glacial, l'image profane du professeur d'allemand fusa comme un obus dans la pensée consciemment ouverte, mais aussi inconsciemment abstraite de Lucien. Incrustant brutalement la trace brûlante d’une météorite verbale. Laquelle voyagerait dans un ciel bleu de nuit, mais dont la traine échevelée lui apparut tant gorgée de fiel, qu'elle en propagea l'essentiel en formant des sinusoïdes d’acide imaginaire...

 

 

S'il brillait de façon notoire dans les matières scientifiques, artistiques et littéraires, ça n'était pas le même engouement (tant s'en serait fallu) que l’adolescent ressentait pour la langue de Goethe qu'il jugeait trop technique. Surtout lorsqu’elle était professée ainsi par cet homme imbu de son savoir. Qui de surcroit, lui était d’amblée apparu franchement antipathique ! Et si l'élève Lucien, en vue de fuir cet univers plus prosaïque que poétique, empruntait souvent l’échelle de Planck, c'était afin d’aller rejoindre les dieux grecs dans l'équilibre thermique des couches supérieures de l’univers. De fait il n'avait nulle envie de conjuguer son escapade en usant du verbe transitif! Les nombreuses transformations linguistiques qui se faisaient sans un complément d’objet qui fut jugé vérifiable dans son monde, Lucien les plaçait en équilibre, sur des cordes quantiques horizontales s'infléchissant à souhait. Il les préférait de beaucoup à celles rigides et verticales de l'enseignant linguiste! Un pelleteur de nuages, un poète: ça préfère l'observation pertinente des voyageurs du ciel que sont aujourd'hui les modernes satellites de l'après-Spoutnik… Tels que COBE, WMAP, et PLANCK. Eux-mêmes étudiants l'univers. Mais à leur manière. Et partis pour de bon à la recherche du spectre témoin des origines de la matière alchimique et du Big-Bang.

 

Dans un même aspect de ressenti, il trouvait aussi sa prof de physique trop terre-à-terre. Malgré que sa plastique avantageuse fît rêver l'adolescent d'une autre façon, et que son relativisme à lui se tournait vers des globes d'intérêt à la libido évocatrice, décidément plus parlante que ceux définissables par certaines géométries qu'il jugeait mathématiques. Cela lui évoquant plus particulièrement des légendes remplies de beautés vénusiennes. D’ailleurs, pour cet être hypersensible qu’avait toujours été Lucien adolescent, les calculs de symétries arithmétiques, qu’ils soient traduits de l'Arabe en Français ou non, ne changeraient rien à son affaire ! Ses passions à lui étaient toujours écrites en vers. Quelque part. Et en tous sens. Dans le cahier de ses gènes. Et puis elles avaient été gravées en lettres de sang sur la terre. Comme dans sa propre matière. Depuis son apparition sur une planète continuellement ravagée par de meurtriers conflits d'intérêts politiques, Lucien n'avait eu de cesse que contempler jour et nuit l'astre d'argent qui vit sa naissance. Il retrouvait par lui la première lumière qu'il avait pressentie s'engouffrant à travers l'ombre en charpie d'un dispensaire aujourd'hui disparu… Elle était d’abord passée par des vitres alors qu'elles volèrent en éclat. Venant à lui en salvatrice énergétique. Excitant des bâtonnets encore aveuglés sur le fond tapissé de ses rétines paresseuses. Et le faisant si bien, qu’un double courant électrique transita par ses nerfs optiques. Arrivant à point nommé pour commander aux neurones et à son esprit… Afin qu’ils se décident enfin à faire ce qu’il faut pour animer son corps dont l'aspect bleuit par l'angoisse et le besoin d’oxygène, laissait craindre le pire.   Oh, et puis basta! Foin de ce prof d'allemand barbu! Ce type est irrémédiablement scotché à ses réalités barbelées de suffisance! Et puis faisons abstraction des rires idiots des camarades de classe! Vulgaires sons de gorge, émis par de dérisoires cordes vocales si simplement humaines, qu'ils ne savent vous atteindre vraiment…

Il n'est guère que quand on est passionné par de la "Belle musique" émanant d'autres cordes: celles notamment constituantes de quelques harpes célestes essentiellement quantiques, que cela peut s'obtenir! Béatifions plutôt une tout autre association, forcément organisée et hiérarchisée, pour passer outre l’aléatoire. Une de celles, qui de ce fait, auraient conduit nécessairement les premières molécules aminées à être des proies vivantes, jusqu’à devenir complexes… Peut-être était-ce d’ailleurs en cela que s'exprimait l'ADN cosmique. Dans la reconduction du secret originel. Résultat de la gouttière naturelle issue d’un silence obligé. Se remarquant sous le nez de chacun. Par le fait du doigt d'un ange… Appliqué. Et louons en revanche son prolongement sacré. Faisons cela par le développement de l'esprit qui se partage équitablement entre philosophie, poésie, croyance, ou par simplement la sensibilité. Agissons sans omettre évidemment la liberté de penser. Celle qui permet à tout être réfléchi, d'aller beaucoup plus loin dans son karma qu’il n’y était destiné. Cherchant en bien mieux, dans le tréfonds de la conscience, la divine raison de son existence ...



28/03/2016
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