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Within the confines of the réal ( Suite 12 )

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6

 

Rivière... Ô... Ma Rivière

 

 

Si tu entends au cœur bruissant d'une forêt,

Comme Muse tranquille un fleuve discret.

Écoute l’Elfe blanc te contant la légende,

D'une gaie nourricière enchâssée dans la lande.

 

La prude contourne monts et bois par le val.

Tandis qu’hier emportés par un blanc cheval,

Fuyaient les quatre fils aux confins des Ardennes,

Par les verts chemins des Dames coralliennes.

 

Or, moi qui ne suis rien, je sais bien qu'en mon sang:

Coule une eau grise ou luisent des rêves nacrés

Au clair d'une déesse, en montagne sacrée.

 

Ô vert pays de l’homme aux semelles de vent:

Dans mon cœur apaisé s'entend une rivière,

Qui fait l’amour en boucle aux poètes d’hier.

 

 

*

 

 

   Athénéïse et Lucien ne devraient être cités que dans des contextes totalement différents. Sinon que depuis sachant marcher avec longtemps d'endurance, ils avaient sillonné comme le fit un certain Arthur, presque tous les chemins environnants d'une même région natale. Martelant d'un pas alerte le gel des beautés hivernales, ou foulant durant les beaux jours, la bonne herbe chlorophyllienne quand elle s’émaille joyeusement de fleurs multicolores. Dérangeant parfois sans le vouloir les sauterelles et les abeilles tout en saluant les corneilles. S’évitant les états imposés par une législation immuablement consommatrice de plaisirs superficiels, car artificiels, ils profitaient autrement mieux que d'autres de leur jeunesse. Ils la vivaient sans l'aide de ces produits électroniques d’aujourd’hui, dont beaucoup programment autrement qu'il ne faudrait peut-être pour demain les humains d’hier. Reconnaissant mutuellement que ce pouvait être au détriment des visions intemporelles. Cela aveuglant artificiellement des mythes qui autrefois mentionnaient l'existence bien réelle d'êtres minuscules pourtant pourvus d'une intelligence insoupçonnée. Vivant dans ces endroits merveilleux parmi des esprits feux-follets bien éclairés. Devenus incrédules en tout, nous oublions que la nymphe énamourée volète au juste son de notes faussement endiablées. Tandis que là-haut, le rire des oiseaux rebondit d'arbre en arbre, taquinant au passage l'écureuil qui se panache et se pavane en se gavant de la succulence des mille bourgeons des pins à la saveur miellée…

 

Ce faisant. À savoir le plaisir permanent des poètes, cela pourrait signifier qu'ils vivaient une sorte d'autarcie de rêveurs aventureux. Passant même parfois la frontière, par le couvert de la forêt d'Ardenne. Se sentant comme l’air : libre de s’en aller jusqu'en Belgique. Et même beaucoup plus loin encore… Par la généreuse faculté de le simplement penser...

 

*

   Athénéïse était pourtant parvenue à connaître encore plus de félicité sereine que lui n'en avait obtenue de son plein gré. Elle disposait ainsi mieux que le jeune poète d’un plus grand confort d'esprit. Elle savait depuis toujours évoluer parmi les humains sans vivre pour autant comme eux, la moindre colère vindicative. Elle était devenue une conteuse de tendresses. Une douce poétesse amoureuse de cette nature qui vibrait par elle et en elle. Elle enchantait son entourage par sa présence et par sa voix. Comme le fait aussi la rivière. Et même le vent, quand-il joue à saute monts par-dessus tout le pays. Enjambant prestement les cimes des grands végétaux de cette vaste forêt que contourne la Meuse. Si le poète et la poétesse se plaisaient à l'écrire, c'était pour décrire tout l'amour et la douceur qu’ils en pensaient, s'extasiant chacun à sa manière de ce que dessinent de leur majesté ensoleillée les nuages qui se font gracieux dans le ciel. …

 

   En fervent admirateur d'un poète explorateur découvreur du monde à sa manière… Lucien cultivait quant à lui l’art de la poésie comme on tente d’affiner un don. C'est-à-dire en usant d’une fonction que l'on peut admettre pour être aidée des muses et du sacré. Il croyait aux énergies positives. Et notamment celles qui se devinent liées au magnétisme de l’aura. Il s’admettait aussi le rôle naissant de décodeur de l’invisible. Autant sans doute par compassion pour ce que fut l’esprit agité de Rimbaud adolescent, qu’il jugeait du reste, très supérieurement visionnaire au sien. Il pensait que le potentiel qui s'obtient de tous nos sens lorsqu'ils sont groupés en un seul, se trouvait sous exploité par l'être humain. Pourtant, selon lui, au sens purement moléculaire, cela ne s’obtenait pas uniquement par l’inné. Et puis notre Lucien écrivait ses poèmes à la manière de son siècle. Optant parfois pour un genre délibérément populaire, sachant apprécier aussi cette manière d’écrire intuitive. Cela autorisant une expression qui impose moins la rime riche que la consonance du rythme oral approprié. S'offrant ainsi l'avantage de ne pas s’empêtrer systématiquement la plume dans les carcans du classicisme absolu. Puisque s'ouvrant au contraire à des chemins intéressants. Lesquels lui permettaient de pénétrer à son tour la jungle de la versification internationale libre. Sa dominante stylistique s'écartait hors de l’hémistiche classique, puisque librement philosophique à sa manière, et donc volontairement visionnaire.

 

*

    Certes, ce que perçoivent les poètes aventuriers romantiques peut devenir aussi fort que la souffrance en amour! Cela peut être en s'impliquant par la volupté naturelle qui s'épanouit dans le cœur de ceux qui savent la décrire. Laquelle se ressent alors, comme un mal à caractère quelque peu gentiment schizophrénique? Mais agissant en bien superbe, dans un esprit gentiment torturé... Ou encore, se révélant sentimentalement, pour mieux sublimer en ces gens, l’attachement intense qui émane naturellement de leur personnalité émotionnelle. Comme cela se produit pour tout être qui se montre infiniment donateur de lui car hautement sensible à l'égard d'autrui.

 

C'est alors que de tous ces sentiments exacerbés, Athénéïse n'avait jamais su dire lequel l'avait poussée à venir méditer souvent ici: face à l’Île-Au-Manoir. Profitant voluptueusement d'un doux lit de mousse naturellement généreuse. Tout en restant bien cachée, en lisière de forêt, par un providentiel rideau de fougères complices.

 

Elle s'installait là, dans le but d'y rester des heures durant. Occupée à prendre des notes mentales qu'elle esquissait aussi en mots coloriés. Et lorsqu’elle se sentait fatiguée d'être couchée, elle s’adossait à un arbre. Mais toujours, en restant au plus près de la rive de ce lac qui se découvrait uniquement à qui sait comme elle regarder vers l'autre dimension. Celle-là qui en outre permet la vision parallèle d'un monde différent. Un monde situé au bout d'un discret sentier. Faisant penser qu'il allait se faufilant vers nulle part. Comme le ferait sereine et colorée une aimable couleuvre, fragile de sa définition vipérine erronée, coulante indécise vers un repère pourtant précis: mais dont l'image en filigrane pouvait cependant la confondre en ondulation, pareille à un autre ovipare dangereux celui-là… Alors qu'elle n'est pas plus offensive pour l'homme que l'humble serpent de verre qui va rampant comme un ver. Doux orvet vêtu d’argent écaillé. Mais qui se terre aussi à la moindre suspicion perçue de sa fourche-langue.

La première finissant alors par disparaitre entre les noisetiers, comme lui le fait sous la mousse, après s’être prélassé devant l'or des genêts quand ils sont richement ensoleillés.

   Douce et cohérente similitude entre faune et flore, s’harmonisant avec la végétation d’un petit chemin vert qui va guidant une belle vers sa vérité… les voies qui s'empruntent sont parfois des sortes de passages secrets… Athénéïse voyageait à ses heures parmi des fréquences ondulatoires douées de fantaisie. Côtoyant de temps en temps le fin chéneau creusé d'un chenal où serpente un mince filet d’eau de source féérique, semblable à un doux filin d’argent kevlar qu'une araignée de connivence aquatique, s'ingénierait à filer. Comme tissant la corde quantique qui tend la toile attachée au cadre de notre destinée. Laissant ainsi une trace soyeuse. Seulement visible par une Belle. Et qui tel un col alpin pour lapin géant, serait une œuvre déroulée sur un tapis vert. Avec posé à cheval, un pont intemporel… Une passerelle.  Porte voulue d’une part, pour faire pénétrer le vortex naturel d'un sol qui serait fait pour elle. Un conduit sur fond légitime.  Inséré dans une futée. Sorte de tricot fait de lianes. Pareil à une chaussette verte sans pied. Quelque chose d'abstrait. Confectionné par un elfe tunnelier futé qui serait aidé dans sa tâche, par l’intervention d’une fée quenouille buissonnière, s'assistant elle-même directement de son propre fuseau magique.



24/03/2016
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