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Within the confines of the réal ( Suite 10 )

 

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Une clarté encore incertaine…

 

 

   L'étrange sentiment nimbait peu à peu la brume de sa pensée. Assis sur son lit, l’homme revivait sa naissance avec une douloureuse intensité. Difficile passage qui le conduisait comme le couloir de la mort, de l’intérieur d’un monde connu vers un autre inconnu. Le second s'obtenant quand de la froideur s’ajoute à la souffrance d’un premier souffle pouvant être déjà le dernier. Cela se produisant dans un éclaboussement de lumière qui dans le meilleur des cas, se fait apaisante et sereine, mais dans l’autre fatale...

 

Lucien s’arracha de limbes où séjournaient des ombres maléfiques. Rongé d'angoisse, il repoussa les draps de son lit en même temps que retombait le rideau virtuel de son rêve. L’être mentalement connecté l'avait su guider jusque dans un ventre souterrain. La poussière qui en couvrait le sol ne parvenant pas à enterrer les esquilles d’ossements laissés par ses aïeux, cela perforait la peau fragile de ses pieds nus. Loin devant, l’informe guide avait pointé un doigt qui faisait songer à une protubérance de chair en putréfaction. Sa couleur verdâtre estompait l’idée que ce fut autrefois l’index d’une main humaine. Écœuré, Lucien avait porté son regard dans la direction ainsi montrée. Il avait distingué une image quadrilatère s'affichant verticale, tout au bout du tunnel. Et puis son esprit avait quitté son corps… Peut-être était-ce pour mieux le propulser vers cette porte couleur de feu?

 

Il semble juste de penser que seules la ou les chimères qui vous paraitront différentes par le fait qu’elles se pressentent nimbées ou non, et auxquelles vous croyez ou non, ont peut-être conscience de l’histoire que vos rêves peuvent vous inspirer. En ce sens, il devient aisé de croire qu'il y aurait d'autres portes que celles très ordinaires qui sont habituellement poussées. Bin que peut-être situées à l’opposé des entrailles terriennes; comme cette « Porte dans l'eau » que Lucien avait perçue il y a très longtemps, alors qu’il se trouvait cette fois bien éveillé, mais en situation de conscience élargie…

 

Si ces "passages" existent. Alors ce pourrait être là un moyen pour s’évader du monde réel par le truchement d'images psychédéliques (ou flash). Autres visions qui ne sont pas forcément obtenues par l’usage de certaines drogues hallucinogène. Il reste que cette notion qui n’a rien du virtuel, bien qu’étant de celles qui aident aux perceptions des visionnaires, fait parfois sacre d'idées. D'aucuns affirmant qu'elles transiteraient par notre esprit grâce à des dons certes fantastiques, mais improuvables matériellement. En tout cas, si une porte faite de liquide rose s'ouvre quelque part à un rythme régulier – même si c'est sur une lointaine planète – il se pourrait bien que ce ne soit pas seulement pour laisser entrer la lumière plus profondément dans une mer… mais aussi dans le but de pouvoir prélever du cosmos, tout ce qui s'avère indispensable à la construction et au développement de toute vie: l'énergie et les briques essentielles. Assurant par cette action le potentiel nécessaire à la subsistance d’une cité monde subaquatique, comparable à une autre qui sur la terre fut autrefois nommée Atlantide!

Certes, si pour vous rien tout cela ne transparaît réellement, même à l’idée d'une image qui se lit dans le cerveau, l'information est cependant parvenue à Lucien par des ondes bien réelles. Preuve, s’il en est utile, qu’un autre monde existe pourtant bien dans le plan qui se dit. Car c'est au final tout un pays qui vibre sous calotte! À la manière de notre « matière grise ». Comme sous un dôme fontanelle transparent. Prêtant ainsi à croire, que celui-là se trouve secrètement protégé des regards humains. Et que c'est bien un monde merveilleux. Posé comme et sur un fond marin. Ceint d’une muraille naturelle étrangement couverte de haut en bas par tout un monde aquatique multicolore. L'ensemble masquant une barrière d’étanchéité faisant profit pour une vaste rade installée à l'intérieur d’un immense volcan immergé. S'obtenant là une sorte d’éden abyssal qui vibrerait sous la mer. Placide, car ancré comme un bateau-rond qui serait mouillé sous une eau rangée. Une île sous-marine. Plus avenante qu'une oasis salvatrice. Pourvue d’une nature amie idéalement discrète. Se cachant effectivement au fond d'une mer d’eau rosâtre. Mais se laissant entrevoir. Comme si dans le contenu à peine carminé d'un mouilloir d'aquarelliste, le liquide serait si abondant qu’il recouvrirait toute une planète. Et là, l’essentiel de vie se trouverait finalement à exister et même battre, au cœur même des pigments inversés qui la colorent… Et comme le ferait l’artiste créant une étrange et luxuriante forêt en toile de fond, l'ensemble montrerait une grande étendue de terrain peuplée principalement d'essences inconnues de la Terre. Lesquelles abriteraient une flore presque faune, entièrement constituée d'êtres végétaux. Certains s'épanouissant au pied de géants feuillus dont la «chevelure» mauve, aiderait à capter l’énergie venue du cosmos, cela, afin de la redistribuer sitôt le maelström disparu et la mer "refermée". Le phénomène servant autant qu'à nourrir des êtres volatiles, ou improbables à voir en ces lieux étrangement caractérisés par l'incroyable stature des fûts lisses et noirs d'arbres étonnants. Lesquels résistants mieux que les bois de buis les plus durs. Et se montrant certainement plus élancés que les flèches des plus prétentieuses cathédrales terriennes ! Et même que toutes ces tours de Babel du temps présent que les hommes ont bâties pour imposer leurs propres cultes matérialistes, jusque dans leur "ciel" virtuel. Conscients qu’ils sont pourtant, de vouloir exposer leurs ambitions de démesure, par-dessus des nuages d'impostures.

 

– L’irrationnel est témoin de l’impulsivité humaine de nos calculs, de nos illogismes aussi. Tels sont nos principaux traits de caractère, pensait à présent Lucien en ouvrant toute grande sa fenêtre sur un paysage, qui de luxuriant, avait été réduit à une modeste futaie. La forêt toute proche était manifestement surexploitée. Elle était victime de trop de coupes affouagères communales. Du coup, elle peinait à reprendre pied le long du champ de maïs transgénique qui l'avait aussi grignotée.

 

*

   Bien que l'emphase et la rhétorique ne puissent mieux les qualifier qu’à simplement les regarder, les arbres de la planète Hydro sont quant à eux profondément et puissamment ancrés dans un sol nourricier, obtenu d'un fond marin non salé, qui avait été astucieusement drainé. Ils s'y trouvent si idéalement enracinés que bien des techniques humaines de construction moderne, et même celle sur vérins, ne sauront jamais rivaliser avec icelles naturelles, sans risquer de voir au bout d'un temps, leurs folles ambitions emportées comme fétu brisé par la forte tempête. Ou encore, par l'activité tectonique du capricieux manteau de leur planète.

Il fallait bien reconnaitre qu'alors, la didactique des hommes nourris de leur arrivisme démesuré, ne saura jamais que provoquer la désertification de la Terre-Mère dans ce qui en a fait le plus de sa quintessence. Qu'en sera-t-il demain s'ils l'agressent aujourd'hui plus qu'hier sans vergogne ! Sans soucis de subir encore et pourtant les fatales leçons de ses colères légitimes. Régulièrement cela les ramenait pourtant à la même évidence: leur force restait médiocre...

 

 

*

 

   Ce fut au moment précis où l’esprit de Lucien s’était approché de la porte de métal, vraisemblablement rougie par un feu qui se présumait de l’autre côté, qu'une brusque impulsion l'avait réveillé. Alors, le poète s’était levé. Tout en luttant avec un pantalon récalcitrant qui le mettait en équilibre instable, refusant à son pied gauche de s'introduire comme il se doit dans un pan de tissu qui sournoisement, s'était replié à mi-chemin. De fait, il avait dû prendre appui de la main droite sur celui de la fenêtre, écrasant sans le vouloir une coccinelle imprudente…

– Ne serait-il pas mieux pensa-t-il, de vivre simplement sous la ramure vivante d'arbres Faye, que de les savoir en souffrance d’être condamnés à disparaitre de la terre, en même temps que les peuples indigènes vivant parmi eux ?

 

Mais il y a loin de temps et de lieues visitées, pour que subsiste au cœur des forêts de la terre, ce que connurent les Druides et les Druidesses… Cependant que sur Hydro,  les grands végétaux y montraient une sorte d'eurythmie forte de sa luxuriance. Et ce, devant une cour qui malgré son positionnement inférieur, savait pourtant se distinguer!

Ainsi l'on pouvait voir éparses dans un sol très moussu, de mouvantes fougères bleues. Leurs feuilles animées, faisant comme des membres curieusement tavelés de nombreux yeux rappelaient ces cocardes posées sur les ailes des papillons. Elles semblaient occupées à scruter alentour. Comme le feraient autant de commères indiscrètes. Mais qui, assurément alanguies de végéter dans cet endroit top peu fréquenté à leur goût, s'emploieraient alors à chuchoter entre elles, pareilles à  de très bonnes inquisitrices. Absolument convaincues, car persuadées de leurs imparables raisons, et,  afin peut-être d’user au mieux de ce qui leur semble agréable, elles semblaient s'enorgueillir de posséder en propre, l'espace incalculable d'un temps de mouvement indéfinissable. S’ingéniant à onduler de leur échine approbatrice, tout en émettant des ondes de propos parfaitement amphigouriques...

 

Et puis, plantés çà et là incongrus. Comme de visqueux intrus sémillants. Mais maladroitement introduits parmi des fleurs fillettes, lesquelles se voyaient non moins bigarrées que l’on pourrait l'imaginer encore… voici aussi que des fongus colorés, aux allures instables, et qui disséminaient virilement leurs cellules reproductrices: propageaient comme en un dernier soupir le silence singulier de leurs affaissements immortels et insolites de satyres malodorants...

 

Hormis donc, l'exemple ciblé de ces quelques choses du genre qui déjà doivent vous paraître bien étranges, nul ne saurait, c'est certain, présumer sur Hydro de la moindre vie embryonnaire qui soit faite de matière et de chair élémentaire. Et donc capable d’obtenir le développement d'un corps dieu qui serait à l'image, ou presque, de celui des humains…



19/03/2016
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