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Théorie hasardeuse

    Marie n'avait pas insisté. Elle s'en était retournée dans sa dimension. Quelque peu désarçonné par la disparition soudaine de son interlocutrice, Lucien avait esquissé quelques pas qui l'avaient reconduit au-dehors. Mais il ne parvenait pas à aller plus loin. Derrière lui, il y avait l’entrée d’une grotte. Au fond de la grotte, il y avait une faille dont la taille apparente lui semblait mieux adaptée à celle d'un blaireau. Pourtant, dans l'autre dimension, elle avait permis autrefois le passage d’une armée de colosses. Mais ça, notre poète semblait l'ignorer. Pourtant, malgré qu'il fut en proie à des relents de claustrophobie: quelque chose d'indéfinissable semblait vouloir l’inciter à tourner de nouveau les talons.

 

Et c’est ce qu’il fit!

 

Alors, tout le stress qu’il avait accumulé depuis qu’il avait posé les pieds dans la barque féérique lui explosa littéralement à la face dès l’instant où il avait à nouveau regardé l’entrée de la caverne. Le jeune homme sentit ses jambes se dérober sous lui. Il décida de s’assoir sur un bloc de roche saillant de l'un des deux pans du terrain menant à la grotte. Ce décor qu'il trouvait auparavant banal lui donnait à présent l’impression que la cavité avait peut-être été dégagée pour servir quelque entité qui aurait choisi autrefois d'habiter là.  Le poète avait tant attendu que sa vue était redevenue ordinaire. Se substituant à l’infra vision. De toute manière, il avait déjà presque oublié l’avoir acquise dans le but de répondre à un vœu dont il lui semblait amoral et dangereux d’en accepter la provenance.

           

– Décidément mon pauvre Lucien! Tu as encore du chemin de vie à sillonner longtemps avant de t’accepter tel que tu es…          

– La schizophrénie me guette autant que la voix de ma conscience me harcelle, pensa tout haut le jeune poète: je ferais bien de repousser ces moyens paranormaux que mon esprit développe de manière incontrôlable. Sinon, je vais finir par entendre de nouveau parler les grenouilles!    

– Hi, hi…

           

Bien qu’il voulût s’en défendre, le jeune Lucien tourna ostensiblement la tête dans la direction présumée du rire qu’il venait d’entendre comme dans un rêve.

           

– Et pourtant je suis bien là, vivant, et à te suivre sans que tu me voies, confirma Topiary en prenant l’apparence humaine d’un lutin de presque vingt centimètres.      

– La peste soit des hallucinés et des hallucinants!

– Pourquoi crois-tu Lucien, que le Dieu des chrétiens a créé l’être humain ?         

– Figure toi que je l’ignore mon cher gnome, sinon que théologiquement, ceux-là dont je suis seraient là en premier pour le servir et même en mourir.                  

– Ça, c’est ce que d'aucuns prétendent en leurs discours. Mais ils ne parlent pas de mes semblables. Sinon qu’en nous diabolisant. Alors que nous existons en bien… Ainsi cela prouve qu’ils ne savent pas tout de la spiritualité naturelle. Et cela fait qu’ils peuvent aussi se tromper. Moi qui suis pourtant petit, je pourrais te dire ce que j’en pense. Mais sache en premier que si nous avons été créés toi et moi, c’est effectivement moins pour le servir que lui servir à dessein… En fait, t’es-tu demandé comment il faisait pour être partout à la fois, alors que son univers est de taille incommensurable!

– Je ne suis plus à une théorie hasardeuse près, alors vas-y: balance ta purée! 

– T’es-tu quelquefois posé la question de savoir pourquoi la mécanique de l’univers fonctionne étrangement comme à la manière des molécules qui la composent matériellement. Et me diras-tu ce qui permet à l’homme libre penseur, de douter jusqu’à affirmer de plus en plus, qu’il ne saurait y avoir de spiritualité  ni au sein, et ni derrière tout cela…     

– Tout ce que je peux t'en dire figure sur des fichiers qui n'ont pas permis de dégager des explications rationnelles, du moins scientifiquement. Et c’est vrai aussi pour la présomption d’une certaine énergie « grise ou noire » qui s'avère indétectable pour le moment par les sciences humaines. Sinon que d’aucuns qui sont des poètes aussi farfelus que moi, l'imaginent faite de particules ioniques qui seraient les représentantes d'un possible « corps » de Dieu… Mais dis-moi petit Pillywiggin: tu me parais rudement bien informé pour me poser ce genre de question.          

– C’est que vois-tu, j’aurai bientôt deux cents ans, et qu’à force d’expérience… D'autant qu'on apprend aussi de façon autodidactique… Mais foin de tout cela: ton destin ne deviendra grand que si tu en as le courage qui convient. Alors! Vas-tu te décider enfin à faire ce que tu te dois?!...

 

   Lucien ne souhaitait pas qu’on lui décerne le titre de roi des pleutres. Et puis, les indiscrétions du Pillywiggin commençaient à l’agacer. Se reprenant, il avait donc choisi d’entrer. Mais il hésitait encore à aller plus loin. Il se remémorait l’invitation qu'il avait mentalement vécue durant sa séance de régression. Ashneene lui avait conseillé de ne pas y répondre. Mais pour un adolescent dont la tête est déjà bien pourvue en connaissances estudiantines, certaines recommandations ne sont-elles pas autant d’invitations à prouver que ses parents sont dépassés? Un rendez-vous amical ne se doit-il d'être honoré? Bien qu’il jugeait complètement insensé d’avoir fait confiance d’abord à une chimère, fusse une Fée: pourquoi ne suivrait-il à présent un nain minuscule encore plus improbable côté existentiel, que celle-là qui du reste l’avait bien planté là? Il se demandait pourtant comment faire pour ajuster sa taille à celle de son guide… alors même que ce dernier avait déjà disparu à l'intérieur du tunnel! Et puis, comme lorsque comme ce fut le cas tout à l'heure à propos de la visite de ce qu'il subsistait du pavillon en ruines, il vit apparaitre devant lui une porte de bonne taille, cintrée celle-là! Alors il la poussa et entama une progression qu'il prévoyait pour être certainement hasardeuse, mais qui l’emmènerait probablement et à la rencontre de son destin… le poète se déplaçait plutôt lentement, par précaution, il foulait à présent un sol qui était moins poussiéreux... tous ses sens étaient en éveil:

– Il ne manquerait plus que je tombe nez à nez avec un être démoniaque, se disait-il.

 

S’ajoutant que celui qui l’attendait n’était ni plus ni moins que probablement leur maitre!

 

   Au fur et à mesure qu’il avançait et que le boyau descendait, Lucien se sentait de plus en plus mal à l’aise. D'autant que la température ne cessait d’augmenter:

– Ma parole, si je n'y prend garde: je vais finir par tomber dans le chaudron du diable!...

 

Lorsqu’enfin il se trouva à entrer cette fois dans une caverne immense, il la voyait éclairée alentour par les mêmes torches qui s'étaient matérialisées çà et là tout le temps de son périple. Ou presque, puisque chacune était disposée de manière à montrer l’entrée d’un tunnel différent:

– bon, cette fois mon lulu, va falloir tirer à la courte paille !    

– Bienvenue chez moi Lucien… Tu es presque arrivé lui répondit une voix rocailleuse…

 



21/06/2017
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