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Extrait 6 du chapitre 40

En fait, si ce « Lucien nouveau » dispose, bien mieux que celui défunt, de dons qu'il a obtenus génétiquement de ses parents: c'est que sa mère est la cousine  par descendance naturelle d'une certaine ondine dont la légende affirme, qu'elle serait l'immortelle « gardienne » d'un ancien lac devenu vasière. Une eau noire entourant un ilot bizarre, que l'arrière arrière-grand-père de son père, qui fut chamane, aurait connu autrement... Et c’est alors qu'il méditait doucement à propos de cela, que notre jeune Pelleteur de Nuages atteignait les abords du fleuve Meuse. Autrefois chère à l’enfant Arthur Rimbaud, la rivière était maintenant en passe de devenir un simple Ru. Elle se montrait d'ailleurs, pour être de moins en moins munie d’une eau venant de sources dont le débit continuait de s'amenuiser en raison de la surexploitation non encore jugulée des nappes phréatiques. Lesquelles étant utilisées pour en tirer d'une part, l'oxygène alimentant l'air des villes, et d'autre part, pour extraire du sol surexploité ce qui pouvait encore s'obtenir de gaz de schistes.

 

Sinuant entre des bancs de terre glaise, cette eau paradoxalement généreuse en sels minéraux, contrastait une fois charriée la pluie avec l’envasement marécageux qui gisait presque partout sur les bords de son lit. Cela témoignant du courageux passé d'un flot qui fut laborieux. Aux alentours immédiats de ces berges, des lianes qui seraient bientôt mourantes, étranglaient encore des restes de grands saules aussi morts que des carcasses de bateaux échoués. Ces restes de plante ligneuse rappelant à l'image irrésistible de quelques garrots de pendus. Alors, pour ne plus les imaginer ainsi, Lucien porta son regard plus loin, en amont, s'intéressant cette fois sans le voir, à un maigre troupeau de moutons dont le corps chétif sous une laine salement poisseuse, cherchait ce qu'il pouvait subsister de nourricier: quelques touffes d'herbe rare, que les ovins piétinaient nonchalants, au sein d’un vague enclos jouxtant une maisonnette.

 

   Trônant au faîte d'un toit d'ardoises grises, une cheminée constituée de briques rouges laissait s’échapper un mince filet de fumée ocrée qui semblait s'étouffer doucement de lui-même: se mêlant volontiers à des lambeaux de brume, dont l'apparence spectrale, s’annonçait par ce matin frais, avec le hululement lointain d'une chouette improbable… Relève annoncée du petit jour qui, restant trop longtemps blafard, s'obtenait tant bien que mal par quelque soleil ne brillant guère mieux qu’un sou neuf qui serait pourtant perdu dans cette atmosphère produisant de temps en temps, des relents diaphanes pareils à des rais morts-vivants.

 

À ses pieds survivaient rares, quelques arthropodes. Ces insectes nécrophages, le poète s'employait à ne pas les écraser, respectant au mieux ce qui peuplait encore les biotopes… Ils témoignaient à l'évidence, d'un reste d’activité organique... Traces de vies cellulaires noyautées, que des mitochondries opportunes adaptaient comme faire se peut à ce qui subsistait de la flore.

 

Estompés en quasi-permanence derrière le rideau plombé d'un ciel triste et sans le moindre oiseau, les astres lointains avaient passablement disparu des mémoires. C'était comme si même les nues seraient bientôt absorbées par l'épais brouillard gris-jaune qui constituait à présent pour plus de dix pour cent, la plus basse couche de l’atmosphère terrestre. Au mieux, c’était la lune qui s'étant rapprochée de la planète, donnait parfois l'impression bizarre de rayonner la nuit davantage que la lumière directe du soleil ne le faisait de jour. S’ingéniant pour percer courageusement la noirceur considérable de nuits, au cours desquelles régnaient à présent les vespertilionidés et autres Molossidés qui, bien qu'ils fussent autrefois apparentés au diable, prenaient maintenant des allures d'anges. Tant leur présence pouvait encore laisser naitre un vain espoir de réconciliation entre l’homme et la nature agonisante…



27/12/2016
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