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Encore cette Voix!

Durant cela, mais sous la terre...

 

  Ebranlé par le son d'une autre voix à la fois puissante et graveleuse, le corps de Lucien fut parcouru d’un long frisson. Cela le glaçait jusqu’au sang. Mais il eut beau faire: écarquiller les yeux, et passer tour à tour de l’infra vision à celle normale. Rien d’autre ne lui apparaissait que le décor caverneux d’un cœur basaltique, plus mortifiant qu’un immense caveau, au centre duquel bouillonnait un liquide verdâtre, vaguement fluorescent car laissant s’échapper une vapeur étrangement lumineuse. Alors il décida d’aller voir cela de plus près.

           

– Non Lucien : tu ne dois pas t’en approcher !

           

Encore cette voix, pensa le poète… Il me semble que je deviens fou à force de trop bien percevoir ce qui ne s’explique guère autrement que par la démence.

           

– À présent, regarde bien devant toi, mais surtout ne bouges plus.

           

En fait, le brave garçon ne pouvait qu’obéir, puisqu’il lui semblait qu’il commençait à se statufier comme à l'image d'une concrétion stalagmite! Cependant que le brouillard lumineux quittait son impressionnante marmite pour former ce que Lucien prit pour la courte queue d’une micro-comète. Sauf que, après avoir zigzagué un moment sous la voûte rocheuse, celle-ci fonça littéralement sur lui! Elle entreprit alors de l’ausculter: opérant dans un rapide mouvement de spirale. Puis elle regagna son Graal de pierre. Tandis que la valseuse inquisitrice reprenait son apparence première, notre jeune poète jugea rapidement à propos de l'objet et son réceptacle, que l'ensemble devait être plus infernal que philosophal.

– Bravo, mon garçon reprit la voix sépulcrale: te voilà à présent le digne représentant de ton prédécesseur karmique.

– Ai-je obtenu le droit de me dégourdir les jambes? Répondit Lucien, s'adressant en direction de nulle part, tout en réussissant mais mal, à trouver l’aplomb qui consistait à cacher un stress devenu incontrôlable.  

– Mieux que cela Lucien, car lorsque les torches seront éteintes, tu évolueras chez moi sans nul besoin d’avoir à marcher dans une sombritude qui va devenir si absolue, que même ton infra vison, qui est ridicule au regard de la mienne, ne saurait t’être du moindre secours…

 

Le jeune poète se senti perdu. Il se trouvait pourtant quelque part. Dans le ventre sourd et chaud de la terre mère… Mais il y vivait probablement sa descente aux enfers.

 

Malgré qu’il ne portât aucun bandeau sur les yeux, le jeune poète était à présent plongé dans l’obscurité la plus totale. Se la représentant mentalement, Il ne pouvait cependant éviter l’image d’un corps lévitant. Le sien! Ses sens conjugués l’avertissaient que le sol avait disparu. Alors il avait soudain entamé un mouvement de descente verticale. C'était assez comparable, en plus durable, à ces sentiments brusques et vertigineux qui se ressentent, quand en s’endormant, l'on croit tomber soudain en chute libre. Tandis que notre cœur, dans un spasme, nous met le corps et l'esprit en apnée… il lui semblait qu’il sombrait doucement dans le vague de l’incertain… Il se savait entièrement plongé au sein d'une équation insoluble. Sans aucune défense. Il se donnait corps et âme à l'espace d'un temps parallèle qui était inconnu de lui. Celui-là était probablement paradoxal. Lucien s'était entièrement offert aux bizarreries de l’aléatoire. Il ne contrôlait plus rien. Soumis qu’il était à des probabilités aussi incertaines, sinon plus, que tout ce qu’il avait vécu dans cette même journée. Lorsqu’enfin il retrouva l’usage de ses yeux, il se trouvait en position périlleuse. Debout sur un palier de basalte qui semblait flotter seul avec lui dans le vide absolu. Devant, il y avait une porte de couleur rouge vif. Sans rien autour que le même néant qui semblait s’être accaparé de sa raison. Alors, d’un geste mécanique, Lucien imprima une poussée de sa main gauche sur le panneau et entra…

 

Devant lui se présentait un long corridor. Il était entièrement rouge. Au fond, semblant l’inviter, il y avait une autre porte rouge, pareille à la première. Il la poussa aussi. C’est alors qu’il le vit comme si dansant parmi des flamboyances infernales! Au fur et à mesure que Lucien s’avançait, il distinguait mieux les danseuses hôtesses qui lui faisaient des signes amicaux. Il dut convenir que le décor de la scène sur laquelle elles évoluaient n’avait rien d’inquiétant. Ce qu’il avait pris de loin pour des flammes n’était en fait que des langues de soie dont les variations jaunes, rouge et orangées, étaient animées par le doux concours d’un air bien conditionné. Au bout de l’estrade l’attendait un jeune homme. Il était beau comme un ange sans ses ailes.

– Allons mon Lulu, cette fois encore, je te vois bien timoré! Serait-ce le fait que tu sois puceau qui te rendrait si timide devant ces dames ? 

– J’ignore ce qu’auraient fait à ma place tous les Dom-Juan de la terre, mais vous m’avouerez peut-être, qui que vous soyez, que le ci-devant puceau qui vous fais face, a tout de même de bonnes raisons de ce méfier! D’autant que si vous semblez me connaitre au moins de nom et d’intimité, je n’ai pas eu l’heure de vous avoir entendu vous présenter!

– Bravo! Voilà qui est déjà mieux en rapport avec tes transports,  et autres virtualités…

– J’accepte le compliment, car j’ai besoin de la magie que procure l’encouragement. Mais il me semble cependant que vous éludez ma question!         

– Voyons mon ami, je suis ton hôte, l’aurais-tu oublié ?          

– Vous… Tu… Euh… Seriez-vous Belzéé ?!...          

– Enfin, nous y voici! Allez viens mon mignon, suis- moi, je vais pouvoir te récompenser. Car tu as montré du courage à vaincre ta peur. Et c’est bien!

 

Alors, tout comme il l’avait fait auparavant, mais dans un autre corps qui avait depuis disparu, et bien que ses gènes informés n’en réagirent point pour autant: Lucien emprunta cette fois le long corridor bleu de nuit. Le même que son bisaïeul avait connu au premier siècle du troisième millénaire. Puis, debout sur un nuage, il traversa le pays de ces damnés qui avaient tant tiré comme des ficelles sur les cordes quantiques aléatoires, qu’ils en avaient terminé leur dernier karma sans plus d’âme ni esprit ni le moindre civisme. Alors, sans d'autre regard que celui du mépris légitime: se prenant cette fois pour le poète Dante Alighieri, notre pelleteur de nuages pénétra à la suite du diable, dans le monde parallèle qui se figure comme celui de Jules Verne: au centre de la Terre.

 



26/06/2017
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